PLANCHE XXXVIII.
(VII, t. III de l'Édition royale.)
Cette peinture ingénieuse est vulgairement désignée sous le nom de la Marchande d'Amours. En s'arrêtant à cette dénomination, on admirera l'esprit de la composition et la délicatesse avec laquelle elle est rendue. Si l'on veut faire honneur à son auteur, d'un sens mystérieux, tenant aux opinions des anciens sur l'Amour, on consultera leurs livres avec nous, et l'on trouvera que ces trois Génies peuvent représenter l'Amour dans ses différens états, le besoin, le désir et la possession. Ce sont les trois Amours de Scopas, Eros, Himeros et Pothos. C'est encore, si l'on veut, l'Amour céleste, l'Amour terrestre et leur frère, participant de l'un et de l'autre, suivant Apulée. La mère et la nourrice de l'Amour, suivant Platon, Penia (l'Indigence) sera caractérisée dans cette femme qui paraît disposer des Génies. Ses cheveux mal soignés, la coiffe (mitra) coiffure commune et négligée, la chaussure grossière, la tunique étroite et sur-tout les demi-manches (brachialia) annoncent une femme pauvre et de condition basse ou servile. La jeune femme assise, vêtue d'un habit bleu céleste et d'une tunique verte, avec des bracelets et une chaussure couleur d'or, le front couvert par le bandeau qui retient ses blondes tresses, sera Vénus, la Déesse de la Beauté; celle qu'on voit derrière elle, vêtue d'une draperie violette, sera sa compagne fidelle, Pitho ou Suada, Déesse de la Persuasion, qui attire et gagne tous les cœurs. L'un des Amours, entre les genoux de Vénus, jouit du bonheur parfait dans la contemplation de la beauté, c'est le charme de la possession; un autre que Penia tire de sa prison, tend les bras à Vénus prêt à s'élancer dans ceux de la Déesse, c'est l'ardeur du désir; le troisième, encore engourdi dans sa cage, commence à s'animer; il bat les ailes, et le besoin d'aimer et d'être heureux l'avertit de l'existence. C'est ainsi que l'ingénieux système de Platon (Voy. le Banquet) peut servir à expliquer cette peinture précieuse; mais comme ce sujet appartient aux Amours, quiconque reconnaît leur empire peut les consulter pour en pénétrer le mystère.
Hauteur, 1 P. 3 p°.—Largeur, 1 P. 7 p°. 5 lig.
PLANCHE XXXIX.
(IX, t. III de l'Édition royale.)
Ce Cygne à bonnes fortunes est le grand Jupiter; la belle abusée n'est point Léda; ce cercle lumineux qui rayonne autour de sa tête annonce une divinité, c'est la déesse Némésis. Jupiter n'a pu vaincre sa sévérité, il a eu recours à la ruse. La tendre Vénus, sous la forme d'un aigle, a poursuivi cet oiseau craintif; la Déesse lui donne asyle dans ses bras; elle a quitté sa couche en désordre, et ce lit aux pieds dorés, recouvert de draperies, sera complice du sommeil perfide qui va la livrer, sans défense, à cet oiseau devenu trop audacieux. De cette surprise naîtra l'œuf merveilleux; Mercure le déposera dans le sein de Léda, et de cet œuf sortira la fameuse Hélène, dont l'épouse de Tindare ne sera que la nourrice.
On peut regarder les poètes comme les pères de la fable. Dans leur langage sublime, ils personnifiaient les passions, et la superstition du vulgaire se créait des Divinités à la place des images du discours. Cette fable (et c'est l'opinion de M. Visconti, fondée sur Pausanias) paraît avoir pris sa source dans les expressions de quelque ancien poète qui, pour exprimer l'enchaînement des malheurs dont la funeste beauté d'Hélène avait rempli la Grèce et l'Asie, avait dit que cette princesse était fille de Némésis ou de l'indignation des Dieux.