Hauteur, 2 P. 1 p°. 5 lig.—Largeur, 1 P. 6 p°. 7 lig.
PLANCHE XL.
(XI, t. III de l'Édition royale.)
Qui ne reconnaît pas les trois Grâces, n'est pas digne de leurs faveurs. Voici les trois sœurs de l'Amour, les compagnes inséparables de Vénus. De ces Divinités dérivent les bienfaits et la reconnaissance, commerce généreux qu'exprime leur union. (Seneca de Benef. I. 3). Ce sont elles qui font le charme de la beauté; par elles, la beauté plaît en voulant toujours plaire: heureuse condescendance qui rapporte incessamment de nouveaux tributs. «Eh! quelle chose peut jamais être agréable à l'homme sans les Grâces! elles embellissent tout; elles permettent les plaisirs et défendent les excès; amies de la paix, elles défendent sur-tout l'ivresse; elles caressent le sage qui leur sacrifie; elles se montrent nues, car toute Grâce rejette l'ornement». Autrefois elles allaient vêtues (Pausanias. IX. 35); l'Amour leur déroba leurs vêtemens pendant qu'elles étaient au bain (Anth. IV. 19. ép.. 24); mais la décence leur sert toujours de voile; elles sont en présence de Vénus, telles qu'on les voit ici. Ces filles aux belles tresses et toujours fleuries, forment un nœud indissoluble. (Hom. Pind. Hor.) Thalie, opposée aux regards, enchaîne ses deux sœurs, et ses deux sœurs, qui s'offrent de face, lui font un collier de leurs bras. (Pithœus V et. ép. ib. IV. Albricus. cap. V.). Ainsi, dans ce groupe enchanteur, l'œil embrasse la beauté sous tous les aspects. L'une des Grâces tient une pomme, les autres des rameaux et des fleurs: la pomme appartient à Vénus et aux Amours; les fleurs, les feuillages et les fruits sont donnés souvent aux Grâces dans les monumens, et peuvent faire allusion à leur ancienne signification. Elles n'étaient pas, dans la Mythologie primitive, différentes des Saisons. On ne comptait que trois Saisons dans les climats et dans les temps qui ont vu naître les fables; et ces filles de l'année sont, pour la terre et pour tous les vivans, les Ministres des Grâces du ciel.
Hauteur, 1 P. 7 p°.—Largeur, 1 P. 3 p°. 10 lig.
PLANCHE XLI.
(XII, t. III de l'Édition royale.)
Cette peinture curieuse semble se rapporter l'aventure de Mercure avec la déesse Mania ou la nymphe Lara. Cette nymphe indiscrète révéla Junon les amours de Jupiter et de Juturne; le maître des Dieux la punit en lui arrachant la langue, et la confia à Mercure pour la conduire aux enfers. Le messager s'en rendit amoureux, et la séduisit en passant dans un bois; la nymphe devint mère des deux Lares. On reconnaît le divin messager à ses brodequins aîlés, aux deux aîles qui prennent naissance sur son front, comme on le voit dans plusieurs monumens antiques, et à la baguette qui désigne sa puissance sur les ombres. L'épée posée sur un rocher est aussi un attribut de ce Dieu; l'artiste s'est seulement écarté de la tradition, en ne la représentant pas de cette forme recourbée qui avait fait donner le nom de harpé à cette épée du fils de Maia. Les deux têtes couronnées de feuillages, dont l'une est sur la branche d'un arbre, et l'autre sur un pieu au-dessous des figures, sont, sans doute, encore relatives à une autre opinion religieuse; elles semblent représenter ces têtes feintes (oscilla) qu'Hercule fit substituer aux victimes en abolissant les sacrifices humains: ces signes se suspendaient aux arbres et sur des perches. La nymphe, parée d'un diadême d'or, d'un collier et de pendans formés de perles, s'appuie sur Mercure et semble l'écouter avec faveur; son attitude est pleine d'abandon et convient au repos qu'on cherche après une longue course; une draperie couleur de laque forme tout son vêtement; le Dieu la soulève et en rend la plus grande partie inutile. Le groupe est plein de grâce, et le site agreste et sauvage ajoute à la beauté de la composition.