Quelque temps après, Mong-kiao fut nommé membre de l'Académie des Hân-lîn, et reçut la charge de Sieou-tchân[58]. A peine fut-il entré en fonctions qu'il rédigea un placet, où il exposa succinctement l'histoire de son père et de sa mère, et son séjour dans la maison de Ki-kong-fou, qui avait pris soin de son éducation. A la cinquième veille, il fut admis dans la salle d'audience. Aussitôt que l'empereur fut entré, et qu'il eut été salué par les acclamations unanimes de tous les magistrats, Mong-kiao se prosterna au bas des degrés d'or, et prononça ces paroles: «Votre humble sujet, Hiu-mong-kiao, nouvellement élevé au grade de Tchoang-youân, demande la faveur de présenter un placet à Votre Majesté.
—Quel est l'objet de ce placet?» lui demanda l'empereur.
Mong-kiao ayant remis son placet sur la table du dragon[59], l'empereur l'ouvrit, et le lut en entier avec une grande attention. Ce placet était ainsi conçu:
Le nouveau Tchoang-youân, membre de l'Académie des Hân-lin,
votre sujet
Hiu-mong-kiao, a l'honneur d'exposer, depuis l'origine, les malheurs de son père et de sa mère. Il supplie
Votre Majesté
de daigner l'écouter, et d'accorder des honneurs à ses parents.
votre sujet
a toujours entendu dire que le prince ne fait qu'un corps avec son peuple; qu'il regarde ses sujets comme ses propres enfants, et qu'il se plaît à exaucer les vœux que forme leur piété filiale. Le père de
votre sujet
Hiu-siên, ayant perdu ses parents dès sa plus tendre enfance, demeura dans la maison de sa sœur aînée, qui prit soin de l'élever. La mère de
Blanche, cultivait la vertu sur la Montagne-Bleue, dans la grotte du Vent-pur, où elle avait fixé son séjour. Ils se rencontrèrent sur le lac Si-hou, et ayant conçu l'un pour l'autre une affection semblable à celle du phénix et de sa compagne, ils se donnèrent une promesse de mariage. Après avoir vécu pendant cinq ans comme de tendres époux, ils se sont vus séparer l'un de l'autre. Lorsque
votre sujet
eut atteint l'âge d'un mois, sa mère eut le malheur d'être ensevelie sous une pagode. Comme
votre sujet
avait perdu son père, et qu'il se trouvait sans asile et sans appui, sa tante Hiu-chi eut pitié de son délaissement et de sa faiblesse, et l'éleva elle-même avec la tendresse d'une mère; elle fit même de grands sacrifices pour payer les frais de son instruction. Enfin elle lui a promis de lui donner sa fille en mariage.
Votre Majesté
a comblé de bienfaits cet indigne Hân-lîn; mais, hélas! son père et sa mère n'ont encore obtenu aucun honneur, aucune dignité! Quand un homme ne s'est point acquitté de ses devoirs de fils, il est à craindre qu'il ne manque à ceux de sujet. Je supplie humblement
Votre Majesté