d'accorder à mon père et à ma mère de brillantes distinctions, et de me permettre de retourner dans mon pays natal pour offrir un sacrifice funèbre à mes parents. Je pourrai ainsi accomplir les devoirs d'un fils, et je serai moins indigne de LA servir comme sujet.

Requête respectueuse.

L'empereur ayant lu ce placet, un sourire de joie brilla sur sa figure majestueuse. «Puisque vos parents ont éprouvé de si grands malheurs, dit-il à Mong-kiao, j'accorde avec plaisir, à votre père, le titre de Tchong-ki-tiên-hio-ssé[60]; à votre mère, le titre de Tsié-i-tiên-siên-fou-jîn[61]; à votre oncle Ki-kong-fou, qui vous a instruit avec succès, le titre de Tchong-i-lang[62]; et à votre tante Hiu-chi, qui vous a élevé comme une tendre mère, le titre de Hién-cho-i-jîn[63]. Je vous accorde un congé d'un an pour retourner dans votre pays natal, offrir un sacrifice à vos parents, et réaliser votre projet de mariage. Vous reviendrez ensuite à la cour pour reprendre vos fonctions.»

Respectez cet ordre.

Mong-kiao remercia l'empereur, et sortit du palais par la porte appelée Wou-men. Il se hâta de faire ses adieux à ses collègues, disposa tout ce qui était nécessaire pour son voyage, et partit sur un char élégant qui lui était destiné. Il fut fêté sur toute la route, et les officiers civils et militaires des villes qu'il traversait vinrent le recevoir avec solennité, et le comblèrent de marques de respect. En passant par Tchîn-kiang, il ne put s'empêcher de songer aux événements qui s'y étaient passés. Il ordonna aussitôt aux personnes de sa suite de s'arrêter avec son équipage dans une hôtellerie. Il prit le costume de bachelier, et se dirigea avec deux domestiques vers le couvent de la Montagne-d'Or. Dès qu'il y fut arrivé, il ne s'arrêta pas à admirer les merveilles qui s'y déploient de toutes parts; il alla droit au sanctuaire du temple pour brûler des parfums et saluer la statue de Bouddha. Il entra ensuite dans une chapelle où il trouva un vénérable religieux qui l'invita à passer dans le couvent.

Quand ils se furent assis à la place marquée par les rites, et qu'un novice leur eut servi le thé, le docteur prit la parole. «Mon père, dit-il au religieux, est-ce vous qui êtes le vénérable Fa-haï?

—Fa-haï est le supérieur de ce couvent, lui répondit-il; maintenant il voyage dans l'empire.

—Mon père, lui dit le docteur, quel est votre nom de religion? quel est le nom honorable que vous portiez dans le monde? pourquoi avez-vous embrassé la vie religieuse? Je vous supplie de satisfaire ma juste curiosité.

—Mon obscur nom de religion est Tao-tsong, lui répondit-il; mon nom séculier est Hiu; mon surnom, Siên; et mon nom honorifique, Hân-wen. Je suis originaire de la ville de Tsiên-tang.» Ensuite il lui raconta son séjour dans la maison de Ki-kong-fou, sa rencontre et son mariage avec Blanche, son double exil, l'inondation de la ville Tchîn-kiang, son retour à Tsiên-tang, la naissance de son fils Mong-kiao, qu'il avait fiancé avec sa nièce lorsqu'ils étaient encore tous deux dans le sein de leur mère, et lui dépeignit le rôle terrible de Fa-haï, qui, lorsque son fils eut atteint l'âge d'un mois, ensevelit Blanche sous la pagode de Louï-pong. «J'ai reconnu, ajouta-t-il, les vanités et la corruption du monde; pour m'y soustraire, je me suis fait couper les cheveux dans le couvent de la Montagne-d'Or, et il y a déjà plusieurs dizaines d'années que je cultive ici la vertu sous la direction du vénérable Fa-haï. J'ai confié mon fils à ma sœur aînée; j'ignore s'il est encore du monde.»

A peine le religieux eut-il achevé de parler que le docteur se jeta à ses pieds en versant des larmes abondantes. «Mon père, s'écria-t-il, je suis Hiu-mong-kiao, votre fils indigne.»