—Illustre docteur, lui répondit le magistrat, daignez m'apprendre de quoi il s'agit; je me ferai un devoir d'obéir à vos ordres.
—Seigneur, lui dit-il, depuis mon enfance, j'ai été élevé par mon oncle, qui, sans être arrêté par mon peu de mérite, m'a promis de me donner sa fille en mariage. L'empereur m'a accordé la faveur de retourner dans mon pays natal, pour accomplir cette union, qui est l'objet de tous mes vœux. Au moment où vous êtes entré, je m'inquiétais de n'avoir personne qui pût se charger de la demander en mariage pour moi; j'ose espérer que vous voudrez bien me rendre ce précieux service.
—Illustre docteur, lui répondit-il, puisque tel est votre noble désir, je suis prêt à vous prouver tout mon dévouement.»
Aussitôt il alla trouver Kong-fou, et lui fit connaître l'objet de son message.
Kong-fou donna avec joie son consentement, et il fixa l'époque du mariage au quinzième jour de la huitième lune.
Quand le gouverneur vint rendre réponse au docteur, celui-ci le retint, et lui offrit une collation. Après le repas, le magistrat lui fit ses adieux.
Aussitôt que le jour du mariage fut arrivé, ses parents, ses amis, et tous les fonctionnaires publics, vinrent lui offrir leurs félicitations. Ils remplirent toute sa maison de fleurs d'or, et de riches présents.
Le docteur mit un bonnet de crêpe noir, et se revêtit d'un manteau d'un rouge éclatant. Il enlaça des fleurs d'or dans ses cheveux et s'avança à cheval au milieu d'une foule de musiciens, dont les accords bruyants retentissaient jusqu'au ciel. Le gouverneur de la ville mit ses habits de cérémonie, et vint se joindre à son cortége.
De son côté Pi-liên se para de ses plus riches atours, où étincelaient l'or et les pierres précieuses. En voyant l'éclat de sa toilette, et les agréments répandus sur toute sa personne, on l'eût prise pour une jeune immortelle. Kong-fou et Hiu-chi mirent aussi leurs vêtements de fête en attendant le nouvel époux.
Bientôt le docteur arriva. Ils le saluèrent, et le conduisirent dans leur maison. Après avoir adoré le ciel et la terre, et s'être prosterné ensuite devant les tablettes de son père et de sa mère, il entra avec son épouse dans la chambre parfumée.[70]