Laissons maintenant les deux fées, et revenons à Hân-wen. Il partit tout joyeux, et, pendant la route, il ne songea qu'à son bonheur. Il arriva bientôt à la maison de son beau-frère.
Or, il faut savoir que, la nuit précédente, on avait volé mille onces d'argent dans le trésor de Tsien-tang, dont la garde était confiée à Kong-fou. Le gouverneur de la ville lui avait fait donner vingt coups de bâton, et lui avait ordonné de chercher le coupable, en le menaçant des peines les plus rigoureuses si la somme n'était pas rapportée tout entière au bout de trois jours. Il raconta son malheur à sa femme.
Les deux époux étaient plongés dans la plus profonde tristesse, lorsqu'ils virent venir Hân-wen avec un visage épanoui.
«Mon frère, lui dit Hiu-chi, tu es sorti de bonne heure aujourd'hui; où as-tu pris cet air riant, et cette joie animée qui brille sur ton visage?
—C'est qu'il m'est arrivé un grand bonheur, lui répondit gaîment Hân-wen; je vais vous l'apprendre dans tous ses détails. Hier, comme je revenais de visiter les tombes de mes parents, j'allai me promener sur les bords charmants du lac Si-hou; mais, tout à coup, le ciel fit tomber une pluie d'orage. Je descendis alors dans un bateau pour regagner votre maison. Je fis la rencontre d'une demoiselle et de sa suivante, qui demandèrent à passer sur le même bateau. Après que je leur eus adressé quelques questions, la servante causa avec moi, et m'apprit qu'elles demeuraient dans la rue des Deux-Thés; que sa maîtresse, qui a maintenant dix-sept ans, s'appelait mademoiselle Blanche, et que son surnom était Tchin-niang; la servante ajouta que son nom à elle, était la petite Bleue. Lorsque nous débarquâmes, la pluie tombait encore; je leur prêtai alors mon parapluie pour s'en retourner chez elles. Ce matin, comme j'étais allé demander mon parapluie, elles m'ont retenu pour m'offrir une petite collation. Ce n'est pas tout: la maîtresse, sans être arrêtée par l'idée de mon humble condition, m'a témoigné le désir généreux de se marier avec moi; et comme je refusais cet honneur, en alléguant que j'étais sans fortune, elle me fit cadeau de cent onces d'argent. Je suis revenu pour prier mon beau-frère et ma sœur aînée de présider à mon mariage.»
A ces mots, il prit l'argent et le remit à Hiu-chi.
Kong-fou et sa femme furent transportés de joie; mais lorsque Kong-fou eut examiné avec attention l'estampille de cet argent, il reconnut sur-le-champ qu'il provenait du trésor de Tsien-tang. «Les cent onces qui viennent d'être volées dans le trésor de Tsien-tang, se dit-il en lui-même, m'ont attiré un rude châtiment; mais, grâces au ciel, voilà cet argent retrouvé. Mon beau-frère, lui dit-il, ce mariage inespéré est une faveur du ciel. Restez ici; je vais aller à la ville de Tsien-tang pour vous changer cet argent.»—Je m'en rapporte à vous, lui répondit Hân-wen.
Kong-fou prit l'argent, et courut en toute hâte chez le gouverneur de la ville. «Seigneur, lui dit-il après s'être mis à genoux à ses pieds, l'argent qu'on avait volé hier dans le trésor est maintenant retrouvé.»
A ces mots, il présente les deux lingots au magistrat.
Dès que le gouverneur les eut examinés un instant, il reconnut que c'était en effet l'argent du trésor. Puis adressant la parole à Kong-fou: «Dans quel endroit avez-vous retrouvé ces deux lingots? lui demanda-t-il. Où est le voleur?