A ces mots, il ordonna à sa femme d'inviter mademoiselle Blanche et sa servante à entrer dans l'intérieur de la maison pour se reposer de leur long voyage.

M. Wou sortit de la boutique, et ayant appelé Hân-wen, il lui adressa de sévères reproches: «Gardez-vous, lui dit-il, de la repousser avec colère: cette jeune personne appartient à une illustre famille, et elle a bravé les dangers et les fatigues d'un long voyage pour venir vous trouver ici.» Il lui rapporta alors de point en point le récit de mademoiselle Blanche.

Hân-wen est ébranlé par ce discours, mais il conserve encore quelques doutes. «Cependant, se dit-il en lui-même, si cette demoiselle était une Fée, n'aurait-elle pu trouver ailleurs un époux rempli de grâces et d'esprit? Puisqu'elle a fait mille lis pour venir me trouver ici, il faut bien que ce mariage soit arrêté depuis des siècles par le ciel.» Mais ce n'était pas là le seul motif qui désarmait Hân-wen. Il était épris depuis long-temps des charmes de Blanche, et il brûlait de la posséder.

M. Wou voyant que Hân-wen ne lui répondait point, entra tout à coup en colère. «Ingrat que vous êtes, lui dit-il, puisque moi et ma femme nous prenons un tel intérêt à cette demoiselle qui nous est étrangère, ne devriez-vous pas rougir de votre conduite, vous qui êtes lié avec elle par une promesse de mariage? Dès ce moment je ne vous emploie plus dans ma pharmacie, et je romps toute relation avec vous.

—Monsieur, lui dit Hân-wen avec émotion, il n'est pas besoin de vous emporter de la sorte; je suis prêt à vous obéir.»

M. Wou le voyant disposé à céder, adoucit son visage irrité, et lui dit avec douceur: «Monsieur Hân-wen, si je vous donne des conseils, c'est uniquement pour votre bien; et quand je tâche de vous unir tous les deux par les liens du mariage, dites-moi un peu si je cherche mon intérêt ou le vôtre?»

Aussitôt après, M. Wou disposa une chambre particulière, et la garnit de tous les objets nécessaires. Puis il choisit un jour heureux dans le calendrier. Sa femme mit ses habits de fête, et conduisit Blanche à son époux. Quand ils eurent salué ceux qui leur tenaient lieu de parents, ils entrèrent ensemble dans la chambre parfumée (la chambre nuptiale); et le soir même, ils accomplirent ce mariage tant désiré, et se donnèrent les marques du plus tendre amour.

C'est ici le lieu de dire avec le poète:

Il la mène toute tremblante sous les rideaux brodés. Semblable à la belle Meï, elle rougit de délier le dernier voile de soie. L'époux doit ménager sa jeune et timide épouse, dont l'âme novice est prête à s'échapper.

Le troisième matin, Hân-wen et Blanche viennent saluer et remercier M. Wou et sa femme. Dès ce moment, les deux époux se faisaient fête du matin au soir, et du soir au matin. La petite Bleue elle-même n'était point oubliée de Hân-wen, qui, de temps en temps, laissait briller sur elle quelque reflet de sa tendresse.