A ces mots Hân-wen ne se possède pas de joie. «Où trouver au monde, s'écria-t-il, une épouse douée de tant d'habileté et de puissance? Quel bonheur pour moi d'avoir choisi une compagne aussi précieuse!»

Le lendemain matin Hân-wen suspendit une enseigne de médecin, sur laquelle il écrivit: Hiu-hân-wen, docteur en médecine, excelle dans l'art de guérir toutes les maladies.

Il y avait déjà une dizaine de jours que l'enseigne était suspendue, et cependant personne ne venait.

Hân-wen, désespéré, informe encore Blanche du malheur qui lui arrive.

«Monsieur, lui répondit Blanche, j'ai examiné cette nuit les astres qui brillaient au ciel, et j'ai vu que tout à l'heure une maladie contagieuse va se répandre sur toute cette contrée. Je vais de suite composer des pilules pour guérir de la peste. Vous les vendrez trois deniers le grain, et sur-le-champ elles produiront un effet miraculeux. Soyez assuré qu'on viendra en foule pour en acheter.»

Hân-wen fut rempli de joie; il soupa, et, quand la nuit fut venue, il alla prendre du repos.

Cette nuit-là Blanche appela la petite Bleue, et lui adressa les ordres suivants: «Monte sur un nuage, et parcourt tout le pays. Tu répandras dans les bassins et dans les puits des vapeurs empoisonnées que les hommes aspireront en buvant. Pendant ce temps je vais préparer des pilules.»

La petite Bleue obéit aux ordres de sa maîtresse. A la troisième veille, elle monte sur un char de nuages, se transporte dans chaque endroit et répand à la surface des eaux des vapeurs empoisonnées, et s'en revient vers sa maîtresse.

Le lendemain de bonne heure tous les habitants vont puiser de l'eau pour préparer les aliments de la journée, et aspirent les vapeurs empestées qu'elle renferme. Au bout de quelques jours la peste étend ses ravages au-dedans et au-dehors de la ville; de sorte que, sur dix maisons, il y en avait neuf de frappées par la contagion.

Hân-wen affiche devant sa boutique l'annonce des pilules qui guérissent de la peste. Les parents des malades en ayant été informés, vont en acheter chacun un grain, et ne l'ont pas plutôt donné aux personnes malades qu'elles recouvrent aussitôt la santé et abandonnent le lit où elles étaient retenues.