Hân-wen lui raconta de point en point la visite des médecins de la ville, qui voulaient l'engager à présenter cette année, dans le temple, des objets rares et précieux.

«Cela est bien aisé, lui répondit Blanche en souriant; à quoi bon vous en inquiéter? Quand mon père vivait, il était revêtu de la haute charge d'inspecteur des frontières. Croyez-vous qu'il n'avait pas des objets rares et des vases précieux? Demain matin vous pourrez satisfaire à leur demande.»

A ces mots, le chagrin de Hân-wen se change en allégresse; il soupe avec gaîté, et va se coucher tranquillement.

Alors Blanche appela la petite Bleue, et lui donna les ordres suivants: «Petite Bleue, mon mari veut célébrer demain la naissance du dieu Tsou-ssé, et il se désole de ne pouvoir présenter, suivant l'usage, des objets rares et des choses précieuses. Autrefois, lorsque je me promenais dans la ville de King-hoa, j'ai entendu dire qu'il y avait dans le palais de l'empereur de la dynastie des Liang une multitude d'objets précieux. Va à la capitale, et glisse-toi dans le trésor de l'empereur; tu choisiras quelques objets précieux, tu les enlèveras secrètement, et tu me les apporteras cette nuit, afin que mon mari puisse les présenter demain matin dans le temple.»

La petite Bleue obéit; elle monte soudain sur un char de nuages, et arrive au palais de l'empereur; elle s'y glisse sans être vue, et dérobe quatre objets du plus grand prix. C'étaient un arbre de corail, un jeune dieu en jade, une cassolette en forme de ki-lîn[25], et deux paons en cornaline. Elle détourne son char vaporeux, et rapporte ces objets à Blanche.

Blanche est ravie de joie; elle prend aussitôt ces quatre objets précieux, et les serre dans un coffre: après quoi elles vont se coucher chacune de leur côté.

Le lendemain, Hân-wen se leva de grand matin, et s'empressa de demander à Blanche ce qu'elle lui avait promis. «Chère épouse, lui dit-il, où sont les objets précieux?» Blanche ouvrit la cassette, et en tira les quatre objets précieux qu'elle y avait déposés.

Hân-wen les examine et ne peut se lasser de faire éclater sa joie et son admiration. «Chère épouse, s'écria-t-il, j'ignorais que vous eussiez dans cette cassette des objets aussi rares et aussi précieux. Je ne crains plus maintenant qu'ils viennent me faire affront.»

Sur-le-champ il ordonne à Tao-jîn d'aller acheter les fruits qu'il devait offrir au dieu. Les médecins vinrent encore plusieurs fois dans sa boutique pour l'importuner des mêmes demandes.

Tao-jîn eut bientôt acheté toutes les offrandes nécessaires, et il chargea quelqu'un d'aller les déposer dans le temple.