Quand tous ces préparatifs furent terminés, Hân-wen apporta avec Tao-jîn les quatre objets précieux. Au moment où il entrait dans le temple, tous les médecins allèrent au-devant de lui, et l'arrêtèrent en lui demandant: «Monsieur Hiu, quels sont les objets précieux que vous offrez au dieu Tsou-ssé?
—Messieurs, leur dit en riant Hân-wen, je ne m'acquitte que faiblement du devoir qui m'est imposé. J'ose espérer que vous voudrez bien excuser l'exiguité de mes offrandes.»
A ces mots, il découvre les quatre objets précieux, et les place sur la table sacrée; puis Tao-jîn range avec ordre plusieurs vases remplis du vin le plus exquis.
Les médecins sont frappés de stupeur. «Notre intention, se dirent-ils en eux-mêmes, était de le mettre dans l'embarras. Qui aurait pu penser que ce petit animal eût des objets aussi précieux, qui l'emportent dix fois sur ceux que nous avons offerts nous-mêmes les années précédentes?»
Ce résultat inattendu les couvrit de confusion, et ils s'en retournèrent tristement chez eux.
Hân-wen rit en lui-même de leur dépit, et fit semblant de ne pas s'en être aperçu. Quand il eut fini de brûler des parfums, il recueillit avec Tao-jîn les objets précieux qu'il avait apportés; ensuite il revint chez lui, et raconta à Blanche et à la petite Bleue tout ce qui venait de se passer. Il n'est pas besoin de dire que son récit les combla de joie.
Vous avez beau employer votre pouvoir surnaturel, je crains bien que de grands malheurs ne viennent effacer vos succès.
Parlons maintenant de ce qui se passe à la capitale. L'empereur fut par hasard attaqué d'une ophtalmie; il voulut prendre le dieu de jade pour lui demander la guérison de ses yeux, et ordonna à l'impératrice d'aller elle-même le chercher dans la partie du trésor où étaient placés les objets rares et précieux.
L'impératrice alla dans le cabinet, chercha de tous côtés, et ne put réussir à trouver le petit dieu de jade. Elle recommença ses perquisitions, et en voulant passer en revue tous les objets précieux, elle s'aperçut qu'on avait enlevé également un arbre de corail, une cassolette en forme de ki-lîn et deux paons en cornaline. La perte de ces quatre objets la remplit d'étonnement et de tristesse. Elle revint au palais, et informa l'empereur de cette fâcheuse découverte.
L'empereur fut transporté de colère, «Qui a osé, s'écria-t-il, dérober les objets précieux de mon trésor?» Sur-le-champ il rendit un décret qu'il envoya dans le département où se trouvait la capitale, afin qu'on se saisît du coupable. Il écrivit un second ordre semblable au premier, et chargea les officiers de sa maison d'aller dans chaque province pour découvrir le voleur, le livrer au magistrat du pays où on l'aurait pris, et le faire punir conformément aux lois.