Dès que les officiers de l'empereur eurent reçu cet ordre, ils n'osèrent apporter aucun retard à son exécution. Ils prirent leur mandat, et s'en allèrent, chacun de leur côté, dans les différentes provinces de l'empire. Ceux d'entre eux qui avaient mission d'aller dans le Kiang-nân prirent la route de cette province, où nous les laisserons faire sur tout leur chemin les perquisitions les plus sévères.

Revenons maintenant à Hân-wen. Depuis le jour où les médecins, qu'il avait surpassés en magnificence, avaient quitté le temple tout couverts de confusion, il avait senti redoubler son affection pour Blanche, qu'il ne quittait plus ni la nuit ni le jour. Comme ils étaient occupés à boire et à causer ensemble, Blanche lui dit en riant: «Votre servante, est heureuse des marques de tendresse que vous ne cessez de lui donner; mais depuis quelque temps elle éprouve dans tout son corps quelque chose d'extraordinaire; il lui semble qu'elle aura bientôt le bonheur d'être mère.»

A ces mots, Hân-wen est ravi de joie. «Grâce au ciel, s'écria-t-il, ma femme est enceinte! Je ne forme plus qu'un vœu, c'est qu'elle ait un fils qui puisse donner une postérité à ma famille.»

Les deux époux soupèrent gaîment, et allèrent prendre du repos; mais la nuit fut bien vite écoulée.

Le lendemain, comme c'était l'anniversaire de la naissance de Hân-wen, il ne put se dispenser de préparer un festin pour traiter les personnes qui viendraient le féliciter. M. Wou vint aussi faire sa visite à Hân-wen, et comme la grossesse de Blanche lui causait une joie inexprimable, il retint chez lui son ancien maître. Il prit les quatre objets précieux, les exposa dans le vestibule, et ouvrit la grande porte qui donnait sur la rue. Puis il invita M. Wou à venir boire auprès de ces objets précieux pour les voir et les admirer. Tous les passants s'arrêtaient à les contempler, et ne se lassaient point de féliciter Hân-wen. En un clin d'œil cette nouvelle se répandit de bouche en bouche, et dans toute la ville il n'était bruit que des objets précieux qui ornaient la maison de Hân-wen; mais il ne songeait pas que ces objets, dont il se faisait gloire, devaient lui causer d'amers regrets.

Ce même jour, les officiers de l'empereur venaient par hasard d'arriver à Sou-tcheou, et parcouraient toutes les rues de la ville en poursuivant leurs recherches. Au moment où ils passaient, plusieurs personnes parlaient, avec l'accent de l'admiration, des objets précieux qui ornaient la maison de Hân-wen, dans la rue de Wou-kia.

Ce propos n'échappa point à l'un d'eux. «Mes amis, dit-il à ses collègues, avez-vous bien entendu? Dans cette foule, on parle avec de pompeux éloges de je ne sais quels objets précieux que possède Hân-wen, qui demeure dans la rue de Wou-kia. Allons faire des perquisitions chez lui; il y a mille à parier contre un que nous trouverons les objets précieux qui ont été dérobés dans le trésor de l'empereur.

—Il a raison,» s'écrièrent tous ses collègues. Sur-le-champ ils le suivent et se rendent ensemble à la maison de Hân-wen, qui était située dans la rue de Wou-kia. Ils s'arrêtent sur le seuil de la porte, et à peine ont-ils jeté un regard dans la maison, qu'ils reconnaissent que ces quatre objets précieux sont exactement les mêmes qui ont été enlevés dans le trésor de l'empereur. Soudain ils entrent avec impétuosité dans le vestibule pour mettre la main sur Hân-wen.

M. Wou ignorait le motif de cette brusque visite. Il est frappé de crainte en les voyant, et s'esquive au plus vite pour se tirer d'embarras.

Les officiers, sans laisser à Hân-wen le temps de s'expliquer, lui attachent une chaîne au cou, reprennent les objets précieux, et l'entraînent hors de la maison en l'accablant d'injures. «Misérable, lui dirent-ils, comment as-tu osé dérober ces objets précieux dans le trésor de l'empereur? Tu es cause des courses pénibles que nous avons faites en tous lieux pour chercher l'auteur de ce vol. Nous espérons que cette tête d'âne ne tiendra pas long-temps sur ton col.»