Hân-wen est rempli d'effroi; dans son trouble mortel, qui lui laisse à peine l'usage de ses sens, il lui est impossible de s'expliquer.

Les officiers l'emmènent et arrivent promptement au tribunal de Sou-tcheou-fou. Ils frappent sur le tambour qui est placé à la porte.

Le magistrat, qui se trouvait dans l'intérieur de la salle, ayant entendu le bruit du tambour, ordonna sur-le-champ d'ouvrir l'audience. Les huissiers sortent de chaque côté en criant d'une voix retentissante: Son Excellence Tchîn est assise!

Les officiers entrent et se prosternent au pied du tribunal. «Seigneur, lui dirent-ils, vos serviteurs viennent de la capitale, où ils sont attachés au palais de l'empereur de la dynastie des Liang. On a dérobé, il y a quelques mois, dans le trésor de l'empereur quatre objets précieux, un arbre de corail, un jeune dieu en jade, une cassolette en forme de ki-lîn, et deux paons de cornaline. Sa Majesté a rendu un décret à cette occasion, et nous a chargés d'aller en tous lieux pour trouver le coupable. Aujourd'hui, comme nous nous promenions dans la rue de Wou-kia, nous avons reconnu ces objets précieux, et nous avons arrêté l'auteur de ce vol; nous prions Votre Excellence de le punir suivant la rigueur des lois.» A ces mots ils présentent au préfet le mandat de l'empereur.

A peine le magistrat l'a-t-il examiné, qu'il est transporté de colère, et ordonne qu'on lui amène le coupable.

Les officiers obéissent en poussant un cri, et amènent Hân-wen, qui se met à genoux au pied du tribunal.

Le préfet reconnaît le docteur Hiu-hân-wen; il est rempli d'étonnement, et ne peut s'empêcher de concevoir des doutes. «C'est un homme probe et loyal, se dit-il en lui-même, comment aurait-il pu commettre un tel crime? Il faut qu'il y ait quelque chose là-dessous. Tâchons d'abord de nous assurer de la vérité.»

Aussitôt il fit semblant de ne point reconnaître Hân-wen, et lui dit d'un ton courroucé: «Hân-wen, quel est ton nom de famille, ton surnom? Où demeures-tu? Combien y a-t-il de temps que tu as dérobé ces quatre objets précieux dans le trésor de l'empereur de la dynastie des Liang? Quels sont tes complices? Allons, dis toute la vérité devant mon tribunal, si tu veux échapper aux peines les plus sevères.

—Seigneur, lui répondit-il, mon nom de famille est Hiu, et mon surnom Hân-wen; je demeure dans la rue de Wou-kia, ma femme s'appelle Blanche, et sa servante, la petite Bleue. Votre serviteur exerce honnêtement la profession de médecin, et jamais il n'a fait tort à personne de l'épaisseur d'un cheveu. Comme c'était l'anniversaire de la naissance du dieu Tsou-ssé, et que, depuis nombre d'années, les médecins ont coutume de présenter chacun leur tour, dans le temple, des objets rares et précieux; me trouvant obligé cette fois de remplir ce devoir, je me désolais de ne point avoir les objets précieux qu'on exigeait de moi. Heureusement que Blanche, ma femme, me tira d'embarras, en me donnant quatre objets précieux qui avaient appartenu à son père. Quelque temps après, ayant à célébrer une fête de famille, j'exposai ces quatre objets dans le vestibule. Mais tout à coup cette multitude d'hommes est entrée précipitamment dans ma maison, s'est emparée de moi, et m'a entraîné jusqu'ici, m'accusant de les avoir volés à je ne sais quel empereur de la dynastie des Liang. Pour moi, j'ignore absolument ce qu'ils veulent dire. J'ose compter sur la sagesse et la justice de votre Excellence.

—Vous êtes-vous marié avec une femme de ce pays-ci? lui demanda le préfet.