ARGUMENT.
Kiao-yong met son jeune frère en apprentissage, afin qu'il puisse gagner sa vie.
La Couleuvre blanche pense au monde, et se revêt d'une forme humaine.
Une fée reçoit de grands bienfaits, et par sa reconnaissance elle rachète les fautes de sa vie passée. Elle donne le jour à un fils qui obtient de brillants honneurs. Le nom de Blanche vivra autant que la source qui coule auprès de la pagode de Louï-pong.
Sous la dynastie mongole des Youan[11], dans le district de Tsien-tang, dépendant du département de Hang-tcheou-fou, de la province de Tché-kiang, il y avait un étudiant nommé Hiu; son surnom était Sien, et son nom honorifique Hân-wen. Son père Hiu-ing, dont le titre était Nan-ki, exerçait la profession de marchand; sa mère se nommait Tchin-chi.
Hân-wen avait à peine atteint l'âge de cinq ans, que son père et sa mère tombèrent malades en même temps, et se suivirent dans la tombe, laissant à leur fils un modeste héritage. Heureusement pour cet enfant qu'il avait une sœur aînée, nommée Kiao-yong, qui avait épousé un habitant du même district, appelé Li-kong-fou; ce Li-kong-fou était employé auprès du gouverneur du district.
Quand Hân-wen eut perdu ses parents, Kiao-yong le prit chez elle, et l'éleva avec toute la tendresse d'une mère. Mais le temps s'écoule rapidement; les jours et les mois glissent comme la navette que lance une main légère.
Hân-wen atteignit bientôt l'âge de seize ans. La nature s'était plue à l'embellir: ses yeux étaient vifs et perçants; ses sourcils noirs formaient deux arcs gracieux, et sa figure ronde et fleurie brillait de tous les agréments de la jeunesse. Kong-fou et Kiao-yong le chérissaient comme un fils. Un jour que Kong-fou n'avait point d'occupation qui l'appelât à son bureau, il vint à songer à la situation de Hân-wen, qui était déjà grand et fort, et en âge d'embrasser une profession.
«Votre jeune frère, dit-il à Kiao-yong, demeure avec nous depuis sa plus tendre enfance; maintenant que le voilà devenu grand, il convient de lui faire apprendre un état avec lequel il puisse gagner sa vie: il ne faut pas qu'il passe oisivement le temps de sa jeunesse.
—Mon père et ma mère, répondit Kiao-yong, ont quitté la vie de bonne heure; et, depuis son enfance, mon jeune frère a été constamment l'objet de vos soins et de votre tendresse. Maintenant que le voilà devenu grand et fort, si vous daignez vous occuper de son avenir, ma reconnaissance sera sans bornes.