—Chère épouse, répondit Kong-fou, n'ayez aucune inquiétude sur le sort de votre frère. J'ai un ami nommé Wang; son surnom est Ming, et son nom honorifique Fong-chan. Il demeure maintenant dans cette ville, et il a ouvert, à l'entrée de la rue de Hoaï-tsing, une pharmacie qui est très fréquentée. Demain matin j'irai lui faire visite, et je lui présenterai votre jeune frère, afin qu'il acquière sous sa direction la science de l'herboriste et du pharmacien.» Kiao-yong fut au comble de la joie; ils se couchèrent, et la nuit se passa sans qu'il fût question de ce nouveau projet.

Quand le jour fut venu, Kong-fou s'habilla promptement, et alla tout droit à la boutique de M. Wang. Celui-ci vint le recevoir d'un air épanoui, le fit entrer dans sa pharmacie; et, quand ils furent assis à la place prescrite par les rites: «Monsieur Li, lui dit-il, quels ordres avez-vous à me donner, pour venir de si bonne heure dans mon humble boutique?

—Je vais vous apprendre le motif de ma visite, lui repartit Kong-fou. Votre serviteur a un beau-frère nommé Hiu; son surnom est Sien, et son nom honorifique Hân-wen. C'est un jeune homme d'un esprit actif et d'un excellent naturel. Depuis son enfance, il demeure dans ma maison; et comme les faibles ressources de mon commerce ne me permettent pas de le garder toujours sans rien faire, je désirerais le confier à vos soins, afin qu'il étudiât la pharmacie sous votre direction. J'ignore si vous daignerez consentir à ma demande.

—Depuis quelque temps, répondit M. Wang, mon commerce a pris une grande extension. J'avais justement besoin d'un homme actif et intelligent qui pût me seconder. Monsieur Li, le choix que vous daignez faire de moi pour diriger votre beau-frère me donne une nouvelle preuve de votre excellente amitié.»

Kong-fou, voyant que M. Wang se rendait de si bonne grâce à sa demande, se retira en lui témoignant toute sa reconnaissance. Dès qu'il fut rentré chez lui, il fit part à sa femme et à Hân-wen des dispositions bienveillantes de son ami. Cette nouvelle les transporta de joie.

Kong-fou alla aussitôt trouver un astrologue, et le pria de lui choisir un jour heureux pour conduire Hân-wen dans la pharmacie de M. Wang. Lorsqu'il était sur le point de partir avec son beau-frère, Kiao-yong donna à Hân-wen des conseils que lui dictaient son expérience et sa vive affection pour lui. Quand ils furent entrés dans la boutique, et qu'ils eurent pris chacun la place fixée par les rites: «Monsieur, dit Kong-fou, ces jours derniers vous avez accueilli ma demande avec bienveillance; et comme nous voici dans un jour heureux, j'ai voulu vous amener mon beau-frère, afin qu'il reçoive vos doctes leçons. Si, par la suite, il acquiert quelque habileté dans cette profession, je n'oublierai jamais vos bienfaits, et ma reconnaissance durera autant que ma vie.»

M. Wang fut rempli de joie en voyant Hân-wen, qui paraissait l'emporter, autant par son esprit que par les agréments de sa figure, sur tous les jeunes gens de son âge. «Votre beau-frère, lui dit-il, semble doué de tous les dons du ciel; il ne peut manquer de devenir un jour un homme célèbre, et de répandre sur son humble maître quelques rayons de sa renommée.»

Kong-fou ordonna aussitôt à Hân-wen de venir saluer M. Wang, qui lui rendit la moitié de ses salutations. Kong-fou prit congé de M. Wang, et, dès qu'il fut de retour, il ne manqua pas de raconter en détail à sa femme tout ce qui s'était passé.

Hân-wen, dès ce jour, se fixa dans la maison de M. Wang. Celui-ci voyant que son élève s'exprimait avec une rare facilité, et montrait, dans l'accomplissement de ses devoirs, un zèle et une aptitude au-dessus de tout éloge, le prit en affection, et finit par le préférer aux autres personnes qui l'entouraient. Kong-fou venait presque tous les jours dans la pharmacie pour voir son beau-frère et s'informer de ses progrès. Un poète a dit avec raison:

«Si la froidure ne pénétrait pas les plantes en hiver, comment leurs fleurs pourraient-elles, en été, nous réjouir par leurs parfums délicieux?»