Kong-fou reconduisit les deux jeunes voyageurs jusqu'en dehors de la porte, et rentra dans sa maison. Il présenta à Hiu-chi, sa femme, la lettre et la cassette qu'ils ouvrirent ensemble: elle était remplie d'or et d'argent. Les deux époux croient rêver, et se perdent en conjectures sur l'origine de ce trésor, dont la possession leur cause une joie inexprimable.

Ils ne songeaient qu'à l'exil que subissait Hân-wen; pouvaient-ils s'attendre à recevoir de lui un coffre rempli d'or et d'argent?

Les deux fées sortirent, après avoir pris congé de Kong-fou. Dès qu'elles se trouvent dans un endroit tranquille et solitaire, elles montent sur un nuage enchanté, et arrivent en un clin d'œil à Tchin-kiang, où elles apprirent que Hân-wen demeurait dans la maison de M. Siu. Après avoir mûrement délibéré, elles louent deux petits logements dans la rue des Trois-branches. L'un était situé à gauche, et c'est là qu'elles viennent demeurer; elles ouvrirent dans l'autre, qui se trouvait en face, une petite pharmacie, à laquelle elles donnèrent, comme dans l'origine, le nom de Pao-ngân-tang (le Magasin de la santé). Cette rue des Trois-branches n'était pas éloignée de la maison de M. Siu. Mais laissons les deux fées vendre des médicaments dans leur pharmacie.

Hân-wen demeurait chez M. Siu, qui avait pour lui autant d'affection que pour un parent. Mais il s'élève au ciel des tempêtes imprévues, et, sur la terre, les hommes sont tous les jours frappés de malheurs inopinés. Comme Hân-wen avait été glacé de terreur quelques jours auparavant, et qu'ensuite il avait enduré sur la route les rigueurs du vent et de la gelée, il tomba dangereusement malade. Il restait couché dans le cabinet d'étude, et éprouvait tour à tour un sentiment de froid et de chaleur brûlante. Quelquefois il se trouvait privé de connaissance; et le danger de sa position augmentait de jour en jour. On appela un médecin, dont les ordonnances furent exécutées fidèlement; mais les ressources de la science restèrent sans effet.

M. Siu était agité de crainte et d'inquiétude, et se tenait tristement assis dans le vestibule voisin de la chambre où se trouvait Hân-wen. Un jour il vit entrer le vieux portier de la maison, qui lui dit: «Monsieur Siu, depuis quelques jours, deux dames, nouvellement arrivées, se sont établies dans la rue des Trois-branches, et ont ouvert ensemble une boutique de pharmacie. J'ai entendu dire qu'elles vendent des pilules d'une vertu miraculeuse, qui coûtent cinq tsien[26] le grain. Pourquoi, monsieur, n'allez-vous pas en acheter un grain, que vous ferez prendre à M. Hiu? Je vous réponds qu'il sera guéri sur-le-champ.»

A ces mots M. Siu est rempli de joie; il donne cinq tsien au vieux portier, et le charge d'aller acheter de ces pilules.

Le vieillard obéit; il sort sans tarder, et va acheter des pilules au Magasin de la santé, dans la rue des Trois-branches.

Blanche savait d'avance le motif qui l'amenait dans sa boutique. Elle reçoit l'argent, enveloppe avec soin les pilules et les remet au vieillard, qui se hâte de les rapporter à M. Siu.

Aussitôt M. Siu ordonne à un domestique de les faire dissoudre dans de l'eau bouillante, et va lui-même porter la potion dans la chambre du malade. Il ouvre les rideaux du lit, et voit que Hân-wen est privé de connaissance. Il prie un domestique de soulever le malade, et lui fait avaler toute la potion; puis il l'enveloppe de plusieurs couvertures moelleuses, et le couche comme auparavant.

Au bout de quelques instants, Hân-wen éprouva une transpiration abondante, et s'écria à plusieurs reprises: Je suis sauvé! je suis sauvé!