«M. Hiu, lui demanda son hôte, comment se trouve votre noble personne?
—Dans cet instant, répondit Hân-wen, je me sens entièrement rétabli.
—Ces pilules ont vraiment une vertu miraculeuse, s'écria M. Siu en riant; à peine les avez-vous prises que vous voilà tout à coup guéri.
—Monsieur, demanda Hân-wen, à quel célèbre médecin suis-je redevable de ma guérison?
—Les médicaments des docteurs, répondit M. Siu, n'ont produit aucun effet. Mais heureusement que, depuis peu, deux dames ont ouvert, dans la rue des Trois-branches, une boutique de pharmacie, qui s'appelle Pao-ngân-tang (le Magasin de la santé.) Ayant entendu dire qu'elles vendaient des pilules d'une vertu miraculeuse, j'en ai envoyé acheter un grain que je vous ai fait prendre moi-même, et l'effet a répondu à mon attente.
—Monsieur, dit vivement Hân-wen, ce titre de Pao-ngân-tang (le Magasin de la santé) est exactement celui que j'avais mis sur l'enseigne de ma boutique à Sou-tcheou-fou. Comment se fait-il que cette boutique porte le même nom que la mienne? Pourquoi est-elle tenue par des femmes, et non par des hommes? Il y a là-dessous quelque chose de louche. Ne serait-ce pas les deux fées qui sont encore venues me chercher ici? Demain matin, j'irai avec vous dans la rue des Trois-branches, pour m'assurer de la vérité.
—Gardez-vous d'y aller, lui dit M. Siu; songez que vous êtes en convalescence, et il est probable que si vous les revoyez, vous éprouverez une émotion funeste à votre santé. Soignez-vous encore quelques jours, et quand vous serez parfaitement rétabli, vous pourrez y aller sans inconvénient. A quoi bon vous tant presser?
—Je vous remercie mille fois de m'avoir sauvé la vie, lui dit Hân-wen; comment pourrais-je résister à vos conseils, qui sont précieux comme l'or?
—Je ne suis pour rien dans cet heureux résultat, lui répondit M. Siu; il faut uniquement l'attribuer au rare bonheur qui vous accompagne partout.»
A ces mots, il quitte Hân-wen, et entrant dans l'intérieur de la maison, il ordonne à un domestique d'avoir soin de fournir à Hân-wen les bouillons et le riz dont il avait besoin.