Laï-hing voulut parler, mais il s'arrêta dès les premiers mots. Tchin-chi entra en colère. «Si vous voulez parler, lui dit-elle, eh bien, parlez jusqu'au bout. Que signifie cette hésitation?»

Laï-hing ne put résister aux instances pressantes de sa maîtresse. «Madame, lui dit-elle, ces jours derniers, monsieur est allé avec Hân-wen dans la rue des Trois-branches, où il a vu Blanche, sa femme, qui est douée de la plus rare beauté. Depuis ce moment, il ne cesse de penser à elle, et c'est là la seule cause de son mal. N'avais-je pas raison de dire que c'est une maladie qu'il s'est donnée lui-même?»

En entendant ces paroles, Tchin-chi eut autant envie de rire que de se fâcher. Elle entre précipitamment dans la chambre de son mari, ouvre les rideaux, et s'assied au bord du lit. Elle voit que M. Siu était dans un accablement profond, et qu'il était même privé de connaissance. «Monsieur! lui cria-t-elle d'une voix forte, comment vous trouvez-vous?»

M. Siu ouvre les yeux, et quand il aperçoit sa femme, il reste long-temps sans parler, et pousse de longs soupirs.

«Monsieur, lui dit-elle avec bonté, si l'amour est pour quelque chose dans votre maladie, dites-le-moi franchement. Je ne suis point une femme jalouse, et vous auriez tort de me cacher la vérité.»

M. Siu s'aperçut, d'après ce peu de mots, que sa femme connaissait la véritable source de son mal; il vit bien qu'il lui serait impossible de la tromper. «Chère épouse, lui dit-il, depuis que j'ai vu la rare beauté de Blanche, je ne puis m'empêcher de penser à elle du matin au soir. Voilà la cause de ma maladie. Imaginez, je vous en prie, quelque stratagème qui me fournisse l'occasion de me trouver seul avec Blanche; autrement c'en est fait de moi.

—Vous avez vraiment perdu la tête, lui dit Tchin-chi en riant aux éclats. Vous avez une femme légitime, et une femme du second rang: dites-moi un peu quelles belles qualités vous trouvez dans Blanche, qui n'est pas autre chose qu'une femme galante, pour tomber malade à cause d'elle? Cependant, puisque vous êtes follement épris de ses prétendus charmes, je vais chercher un stratagème qui puisse vous procurer le remède que vous désirez.»

A ces mots, M. Siu ne se possède plus de joie. «Chère épouse, lui dit-il, si vous avez quelque heureux stratagème, je vous supplie de le mettre promptement en œuvre pour me sauver.

—Monsieur, s'écria-t-elle après quelques instants de réflexion, j'ai votre affaire; mais pour réaliser ce projet, il faut attendre que vous soyez rétabli.

—Chère épouse, lui dit-il avec vivacité, puisque vous avez trouvé un heureux stratagème, je n'ai plus besoin de soins ni de médicaments: je suis guéri.» A ces mots, il se lève précipitamment, et supplie sa femme de lui faire connaître son projet.