«Maintenant, lui dit-elle, les belles fleurs du Méou-tân qui est dans la bibliothéque, viennent de s'épanouir dans tout leur éclat. Je l'inviterai sous le prétexte de venir admirer les fleurs du Méou-tân. Dès qu'elle sera arrivée, je ferai servir une collation dans votre cabinet. Vous pourrez en attendant vous cacher dans ma chambre. Quand le repas sera fini, j'entrerai dans ma chambre avec elle pour changer de vêtements; ensuite je ferai exprès de sortir pour quelques instants: alors le poisson tombera dans le filet. Je ne crains point qu'elle résiste à vos désirs; mais je vois une difficulté: vous n'êtes pas encore bien rétabli, et, par prudence, vous devez attendre que vous ayez recouvré votre première vigueur.»

A ces mots, M. Siu est transporté de joie. «Chère épouse, s'écria-t-il, vous avez vraiment trouvé un admirable stratagème, et la seule idée de mon bonheur m'a presque guéri.

—Monsieur, lui dit Tchin-chi en souriant, n'allez pas si vite.... Vous devez modérer cette ardeur imprudente.» Les deux époux continuèrent à rire et à s'égayer d'avance sur le succès de ce stratagème.

L'amant se réjouirait d'expirer sous le Méou-tân en fleurs. Il serait heureux d'aller au sombre empire, pourvu qu'il y fût conduit par l'amour.

Au bout de quelques jours, M. Siu se trouva parfaitement rétabli; et quand il eut mûrement arrêté son projet avec sa femme, il remit un billet à Laï-hing pour qu'il allât inviter Blanche à accepter le lendemain une collation.

Laï-hing remua la tête en faisant un signe d'intelligence. Il prit les ordres de ses maîtres, et partit.

Dès qu'il fut arrivé à la maison de Hân-wen, «Monsieur Hiu, lui dit-il, comme les fleurs du Méou-tân qui est dans la bibliothéque viennent de s'épanouir ce matin, et que, de plus, M. Siu est absent, ma maîtresse m'a chargé de remettre un billet à madame Blanche, afin qu'elle vienne admirer ses fleurs. Elle ose espérer que vous voudrez bien lui permettre de répondre à cette invitation.» A ces mots, il présente le billet à Hân-wen.

«Je suis reconnaissant, répondit Hân-wen, de la peine que madame votre maîtresse a bien voulu prendre. Je vous prie de vous asseoir.» A ces mots, il entre en riant dans la chambre de sa femme. «Madame Siu, lui dit-il, a envoyé exprès une personne, avec un billet de sa main, pour vous inviter à venir voir demain matin les fleurs du Méou-tân qui sont épanouies. J'ignore si vous voulez répondre à cette invitation.»

Blanche, qui savait d'avance de quoi il s'agissait, consentit gaîment à cette demande.

Hân-wen sortit, et dit à Laï-hing: «Prenez la peine d'aller dire à madame votre maîtresse que demain matin, ma femme se rendra à son hôtel pour répondre à son aimable invitation; seulement elle la prie de ne point se mettre en dépense.»