Laï-hing fut ravi de cet heureux résultat, et il quitta promptement Hân-wen pour venir rendre compte à M. Siu du succès de sa commission. Celui-ci fut transporté de joie, et il aurait voulu être déjà au lendemain matin. On peut dire avec le poète:
Il se prépare secrètement à enlever le jade et à dérober le parfum.
Il voudrait vaincre par la ruse cette jeune beauté qui est douée de divins attraits.
La nuit fut bientôt écoulée. Tchin-chi se leva de bonne heure, et fit faire tous les préparatifs nécessaires. Quelques instants après, Laï-hing accourut avec un air épanoui, et annonça que la chaise à porteurs de madame Blanche était déjà devant la maison.
M. Siu s'esquiva promptement, et alla se cacher dans la chambre de sa femme.
Tchin-chi sort pour recevoir Blanche au sortir de sa chaise, et la conduisit dans le salon. A peine l'eut-elle regardée qu'elle fut frappée de sa rare beauté, qui effaçait l'éclat de la lune et le coloris des fleurs. «Je ne m'étonne plus, se dit-elle en elle-même, que mon mari soit devenu malade à cause d'elle.» Aussitôt elle fit congédier les porteurs de chaise. Elles s'assirent dans le salon, et après les civilités d'usage: «Mon mari, lui dit Blanche, a reçu de grands bienfaits de M. Siu; il lui doit son salut, et jusqu'ici il n'a pu lui témoigner sa reconnaissance. Aujourd'hui encore, madame, vous avez daigné m'inviter. J'avais l'intention de me défendre de cet honneur; mais j'ai craint de manquer aux convenances. C'est pour ce motif que je me suis hâtée de répondre à votre aimable invitation.
—Madame, lui répondit Tchin-chi, vos compliments me rendent confuse. C'est moi, au contraire, qui vous dois de la reconnaissance. Mon mari est sorti pour aller rendre visite à un parent. Il ne doit revenir que demain matin; et comme les Méou-tân viennent de s'épanouir, j'ai profité de cette double circonstance pour vous inviter à venir prendre une petite collation, et jouir avec moi de la beauté des fleurs. J'espère que vous voudrez bien m'excuser si je ne vous reçois pas d'une manière digne de vous.»
Blanche se leva et lui fit ses remercîments. Comme elles étaient à causer ensemble, elles voient arriver Laï-hing qui leur annonce que la collation est servie, et invite sa maîtresse à passer dans la salle à manger.
Tchin-chi conduit Blanche dans le cabinet d'étude pour voir les fleurs du Méou-tân, dont les teintes blanches et pourprées semblaient rivaliser de richesse et d'éclat. Quand elles eurent admiré la beauté des fleurs, une jeune servante vint les presser de se mettre à table.
Madame Siu céda poliment le siége d'honneur à Blanche, et par déférence elle alla s'asseoir trois places au-dessous d'elle. Après que le vin eut été présenté plusieurs fois aux convives. Blanche se leva en faisant semblant de prendre congé de Tchin-chi.
«Ma sœur, lui dit madame Siu, entrons dans ma chambre pour changer de vêtements et causer gaîment ensemble.» Blanche fait un mouvement de tête en signe d'assentiment; puis elle suit Tchin-chi dans sa chambre. Elles changent de vêtements, et s'asseyent à la même table.