[CHAPITRE X.]
ARGUMENT.
Les deux Fées déploient leur puissance magique, et inondent la Montagne-d'Or.
Elles rencontrent Hân-wen à Tié-mou-kiao, et lui racontent ce qui leur est arrivé.
Le Religieux essaya d'arracher Hân-wen aux séductions des Fées, mais Blanche ordonna aux flots d'inonder la Montagne-d'Or.
Après quelques printemps, l'époux et l'épouse se retrouvent avec leur ancienne affection.
Quoiqu'ils se voyent réunis, ils craignent encore d'être bercés par un songe.
Revenons maintenant à Blanche. Depuis le moment que Hân-wen avait quitté la maison, l'inquiétude s'empara de son âme. Elle l'attendit jusqu'au soir, et, ne le voyant point revenir, elle éprouva de tristes pressentiments. Ses pupilles tremblaient dans leur orbite, ses oreilles étaient brûlantes, et son cœur était en proie à la plus vive agitation. «Petite Bleue, dit-elle à sa servante, mon mari est allé ce matin chez M. Siu-kien; comment n'est-il pas revenu à cette heure? Je meurs d'inquiétude!
—Madame, répondit la petite Bleue, puisque vous êtes si inquiète, permettez-moi d'aller m'informer où il est.»
Aussitôt elle monte sur un char enchanté, et lorsqu'elle s'est élevée au haut des airs, elle promène ses regards pénétrants dans la maison de Siu-kien; mais elle n'aperçoit pas même l'ombre de Hân-wen. Elle détourne la tête, et arrêtant ses yeux sur la Montagne-d'Or, elle reconnaît qu'il s'est retiré dans le couvent. Elle revient promptement sur son char vaporeux, et se rend auprès de sa maîtresse. «Madame, lui dit-elle, votre époux est allé se promener sur la Montagne-d'Or, et voilà le motif qui l'a empêché de revenir auprès de vous.»
En entendant ces mots, une morne tristesse se répand sur le visage de Blanche, et ses yeux se baignent de larmes. La petite Bleue l'interroge avec émotion. «Hélas! lui répond Blanche, en soupirant: Vous ignorez que dans le couvent de la Montagne-d'Or, il y a un prêtre appelé Fa-haï, qui est doué d'une grande puissance en magie. Dès que M. Hiu est venu se promener dans le temple, il lui aura sans doute promis de rompre les liens qui l'attachent à nous. Je suis sûre que mon mari s'est laissé retenir par lui, et que dès ce moment il a étouffé au fond de son cœur l'affection qu'il avait jurée à son épouse.» A peine eut-elle cessé de parler, qu'elle se mit à pleurer et à pousser des cris déchirants.