«Ta puissance est bien chétive, lui dit le religieux, souriant d'un air de mépris: je vais te montrer à mon tour ce dont je suis capable.» Soudain il élève son vase d'or de la main droite, et y reçoit le dragon de feu.
La fureur de Blanche ne connaît plus de bornes. Elle lance avec sa bouche une perle enflammée pour frapper le visage de Fa-haï.
Le religieux est glacé d'effroi, et la seule ressource qui lui reste est de lancer son vase d'or au milieu des airs. Tout à coup le tonnerre gronde, mille éclairs déchirent le voile des ténèbres, des vapeurs rouges arrêtent la perle brûlante, et enveloppent la tête de Blanche dans un réseau de feu.
A peine Blanche a-t-elle vu la puissance magique du vase sacré de Bouddha, qu'elle est frappée de terreur, et son âme est prête à s'échapper. Sans perdre de temps, elle reprend sa perle précieuse, monte sur un nuage avec la petite Bleue, et s'enfuit en toute hâte.
Fa-haï ramasse le vase d'or et retourne au couvent. Dès qu'il est entré dans la salle principale, il ordonne de battre le tambour et de sonner les cloches pour rassembler tous les religieux qui sont sous ses ordres. «Mes frères, leur dit Fa-haï, écoutez bien ce que je vais vous recommander. Aujourd'hui deux Couleuvres-fées ont voulu mesurer leur puissance magique avec la mienne; mais la vertu du vase sacré de Bouddha les a mises en fuite. Elles conservent dans leur cœur des projets de vengeance, et je sais qu'elles reviendront cette nuit pour inonder la Montagne-d'Or, et faire périr sous les flots les innombrables habitants de Tchîn-kiang. Quoique ces événements arrivent par la volonté du ciel, je vais vous donner à chacun un talisman que vous tiendrez cette nuit dans votre main. J'étendrai ma tunique violette sur les portes du couvent, et je le préserverai ainsi des désastres de l'inondation. Je veux veiller moi-même à l'entrée de la montagne, et je verrai à quoi aboutiront les menaces de ces fées. Pour vous, tenez-vous sur vos gardes, et suivez fidèlement mes avis.»
Les religieux obéissent; ils prennent les talismans, et se retirent chacun dans leur cellule en attendant l'ennemi.
Revenons maintenant à Blanche. Elle était rentrée dans sa maison avec sa servante, et de ses yeux s'échappaient deux ruisseaux de larmes. «Madame, lui dit la petite Bleue, est-il possible que cet âne tondu s'obstine à garder Hân-wen, et qu'il se soit emparé de votre précieuse ceinture! Si vous m'en croyez, je retournerai avec vous sur la Montagne-d'Or; nous nous saisirons de ce moine odieux, et nous remmenerons votre époux.
—Petite Bleue, lui dit Blanche en soupirant, sa puissance magique est plus forte que la mienne, et de plus, il possède un vase d'or qui est toujours pour lui un instrument de victoire. C'est ce que tu as pu voir de tes propres yeux. Heureusement que nous nous sommes échappées avant qu'il n'engloutît notre âme au fond de son vase d'or. Je veux bien retourner cette nuit sur la montagne. J'aurai seulement recours aux prières et aux supplications. Nous verrons si Fa-haï daignera revenir à des sentiments de bonté.»
Mais bientôt le disque rouge de la lune s'inclina vers l'Occident, et le soleil commença à éclairer le ciel de ses premiers rayons. Les deux Fées montent sur un nuage et se transportent sur la Montagne-d'Or. Elles voient Fa-haï qui était assis sur le seuil du couvent, dont les portes étaient étroitement fermées. Un réseau céleste était tendu à l'entrée de la montagne. Blanche se prosterne avec la petite Bleue aux pieds du religieux, et lui parle d'une voix suppliante: «Saint-homme, lui dit-elle, nous espérons que vous ouvrirez votre cœur à la pitié, et que vous laisserez sortir M. Hiu; vos servantes en conserveront une reconnaissance éternelle.
—Monstres odieux! leur dit Fa-haï d'un ton courroucé, Hân-wen a fait couper ses cheveux, et il a embrassé la vie religieuse; vous n'avez plus besoin de penser à lui. Retournez promptement dans votre caverne, si vous voulez échapper à une mort certaine.»