En ce moment Kong-fou était dans le vestibule, ne songeant qu'à son neveu, dont la maladie l'accablait de tristesse. Ayant entendu la voix du religieux qui demandait l'aumône, il sortit dehors, et aperçut un Tao-ssé, revêtu du costume de sa secte. Il avait un bâton à la main et des sandales de paille aux pieds, et son visage était empreint d'un caractère noble et élevé. Kong-fou va au-devant de lui, et se hâte de l'introduire dans le salon. «Mon père, lui dit-il après lui avoir présenté ses hommages et l'avoir fait asseoir, quelle est la montagne céleste où se trouve votre cellule vénérée? Veuillez, je vous en supplie, satisfaire à ma demande.
—Ce pauvre Tao-ssé, lui répondit le dieu, a embrassé la vie religieuse dès son enfance. J'ai habité long-temps un couvent de l'Inde, où je rencontrai un homme extraordinaire qui me transmit des recettes divines, et m'apprit à composer des pilules d'une vertu miraculeuse. Je parcours l'empire pour soulager les maux du genre humain. Étant arrivé depuis peu dans votre noble pays, je suis venu aujourd'hui à votre illustre maison pour vous demander une aumône.»
En entendant ces paroles, Kong-fou est transporté de joie. «Mon père, lui dit-il, le fils de votre disciple a une maladie qui tient du délire, et il ne cesse de crier et d'appeler jour et nuit; jusqu'ici, les ressources de la médecine ont été impuissantes. Je suis heureux, mon père, d'apprendre que vous possédez des recettes divines; mais j'ignore si vous daignerez le sauver.
—Mon enfant, lui dit le dieu en souriant, l'unique but de ce pauvre Tao-ssé est d'être utile aux hommes et de les soulager. Puisque le noble fils de mon bienfaiteur est affligé d'une grave maladie, je me ferai un devoir d'employer tous mes soins pour le guérir.»
Kong-fou fut ravi de cette promesse. Il se lève, et invite le dieu à entrer dans la chambre du malade.
«Ce n'est rien, lui dit le dieu; la maladie de votre noble fils vient d'une des sept affections de l'homme (la douleur), qui, portée à l'excès, a égaré son esprit et sa raison. J'ai une pilule d'une vertu miraculeuse: vous la ferez prendre à votre noble fils dans une tasse de bouillon; je vous promets qu'il sera guéri sur-le-champ.»
En disant ces mots, il délie son sac et prend la pilule miraculeuse, qu'il présente à Kong-fou. Celui-ci reçoit la pilule des deux mains, et témoigne au religieux la reconnaissance dont il est pénétré. Puis il la remet à Hiu-chi; et, quittant avec le dieu la chambre du malade, il va s'asseoir près de lui dans la salle de réception, pendant qu'on prépare le repas qu'il veut lui offrir.
Après avoir mangé, Kouân-în fit ses adieux à Kong-fou et s'en retourna vers la mer du Midi, pour rendre compte à Fo (Bouddha) de sa commission.
Hiu-chi fit dissoudre la pilule; puis elle souleva Mong-kiao, et lui fit avaler la potion prescrite.
En moins d'un instant, Mong-kiao se sentit soulagé; sa figure reprit un air de santé et de fraîcheur, et il se trouva presque guéri.