Il se déshabille avec autant de peine et d’efforts qu’il en faudrait si son pantalon possédait le nombre de boutons nécessaire pour le fixer solidement. Ficelle!

S’il pose assis, il se trouve mal à l’aise sur son fauteuil, et fait de son coussin le sujet d’une enquête de commodo et incommodo; si son bras est soutenu en l’air par une corde qu’un anneau retient au plancher, il se plaint qu’elle lui meurtrit outrageusement le poignet; si l’on a placé sous son pied une bûche appelée talonnière pour lui tenir la jambe en raccourci, il gémit du contact de l’écorce raboteuse avec son orteil. Ficelles!

Il dérange les draperies dont on l’affuble, afin d’avoir le plaisir de les replacer; il a trop chaud ou trop froid; il est enrhumé du cerveau, et se mouche continuellement. Ficelles!

Un certain Bréchon, mort depuis quelques années, avait inventé une ficelle pour laquelle il eût certainement mérité un brevet. Il savait éviter la gêne qu’aurait pu lui causer la présence de l’artiste, et quand celui-ci ne se trouvait pas à son atelier au jour et à l’heure indiqués, Bréchon, ne voulant pas perdre sa séance, se déshabillait sur la porte et posait sur l’escalier!

«Que vois-je! s’écriait une élégante qui montait paisiblement sans songer au spectacle inconvenant qui l’attendait au passage.

—Ne faites pas attention, madame; c’est Ajax foudroyé.

—Quelle horreur! disait la vieille fille du quatrième en rentrant chez elle.

—Eh bien! qu’est-ce que vous me voulez? Quand je vous dis que ceci vous représente Ajax foudroyé.

—C’est affreux! répliquait la vieille fille: est-ce que vous prenez notre escalier pour l’école de natation! Nous allons voir!...»

Il fallait la puissante intervention du portier pour contraindre Bréchon à quitter la place; mais le lendemain il ne manquait jamais de réclamer le prix de sa séance extra portas. Cette anecdote paraît invraisemblable; mais pour la faire comprendre, il importe de dire que Bréchon était un peu fou.