—Et vous, Marguerite n’avez-vous pas un cousin?

—Oui, le prince de M..., dit Marguerite en rougissant un peu; mais ce n’est pas de moi que je vous parle, laissez-moi vous achever le mariage d’inclination.

On part pour la campagne; huit jours après, le jeune homme arrive avec sa mère, le temps presse, on craint le cousin, qui doit venir à l’automne. Alors il tombe éperdument amoureux; on le laisse gémir et soupirer pendant trois mois, plus ou moins; mais au bout de ce temps il faudrait avoir bien du malheur ou de la maladresse pour qu’une jeune fille ne finît pas par se croire un peu éprise.

—Marguerite, je vous trouve bien savante, vous m’étonnez! Où donc avez-vous appris tout cela?

—J’ai appris tout cela d’une de mes amies, laquelle a été ainsi conduite à épouser un homme qu’elle ne pouvait pas souffrir, et avec qui elle est fort malheureuse, parce qu’il aimait passionnément sa fortune et qu’il se souciait fort peu d’elle.

—Vos mariages d’inclination sont très plaisants!

—Pas trop, je vous l’assure.

—Alors ce n’est pas un mariage d’inclination que vous faites?

—Non, non! je ne suis pas assez riche et je ne dois m’éprendre de personne. On répète très souvent devant moi qu’une fille bien née ne doit avoir aucune préférence dans le cœur. Seulement, si un grand seigneur très riche voulait bien devenir follement amoureux de moi, ma mère serait la plus heureuse et la plus triomphante des mères. Pauvre femme! elle attendra longtemps. Les jeunes gens ont trop bien appris l’arithmétique depuis un certain temps pour songer à moi. L’arithmétique est l’ennemie jurée des jeunes filles; c’est un préservatif assuré contre l’amour qu’elles pourraient inspirer.

—Cependant vous êtes riche, je crois?