—Non, pas du tout. Ma mère a un très beau douaire, et paraît riche; mais j’ai des frères et des sœurs tous mariés et en possession de légitimes héritiers. J’ai dix mille livres de rente, pas davantage: donc je ne puis plaire qu’à ceux qui n’ont rien.

—Et pourquoi cela? Je ne comprends pas la logique de ce raisonnement.

—Parce que ceux qui possèdent, ne fut-ce que six mille livres de rente, sont infiniment plus riches vivant garçons qu’ils ne le seraient avec seize mille livres de rente et une femme à loger, vêtir et nourrir. Ma mère sait merveilleusement cela; aussi elle a placé ses espérances ailleurs; et pour essayer de l’effet de mes charmes, elle me mène depuis deux ans à toutes les ambassades afin d’y rencontrer des étrangers.

—Pourquoi des étrangers?

—Parce qu’ils passent pour plus riches et moins bons calculateurs que les Français.

—On pourrait bien se tromper.

—Peut-être. Et d’ailleurs que voulez-vous? je ne sais pas être aimable pour tous les vieux princes russes, allemands, goths, visigoths ou ostrogoths à col tordu, borgnes, bossus, boiteux ou manchots, que nos mères se sont mises à cajoler pour nous. Aussi la mienne dit-elle en riant, mais avec un grand fond de tristesse, que je suis d’une très difficile défaite.

—Eh bien, pourquoi veut-elle donc se défaire de vous?

—Parce qu’il faut bien marier sa fille.

—Mais quelle nécessité?