—Eh non! il n’est point sot, mais il n’a point d’esprit; il n’est pas bon, du moins de cette bonté forte et généreuse qui n’appartient qu’aux gens d’élite, mais on dit aussi qu’il n’est pas méchant; il n’est pas grand, il n’est pas petit; il n’a pas l’air extrêmement provincial quoiqu’il vienne, comme Petit-Jean, d’Amiens pour être suisse; il n’a pas un grand nom, il n’en a pas un trop obscur; il est dans le medium de tout; et jusqu’à sa voix (car il chante) a subi cette loi fatale de juste milieu dans lequel il semble avoir été pétri de toute éternité: c’est un baryton, la seule voix pour laquelle je me sente une aversion prononcée.

—Mais, ma pauvre enfant, vous qui n’aimez que les extrêmes et à qui le médiocre a toujours été odieux, comment allez-vous faire?

—Je n’en sais rien.

—Je ne vous donne pas deux ans pour mourir de dégoût et d’ennui.

—Je le crois.»

Et mademoiselle de Bussy, la tête appuyée sur sa main, faisait danser un de ses petits pieds dans une cadence rapide, ainsi qu’il arrive quand on veut paraître calme au dehors et que cependant on éprouve une grande agitation intérieure.

«Quelle folie! reprit Diana; en vérité, Marguerite, je ne vous comprends pas. On voit bien que vous ne savez guère encore ce que c’est que le mariage, ses difficultés, ses exigences, son despotisme. Vous ne comprenez pas à quel point il faudrait profondément se convenir pour s’y trouver longtemps heureux. Ce n’est pas même toujours assez de l’amour pour opérer une complète fusion de deux êtres; il peut s’éteindre, ajouta-t-elle d’une voix profondément triste, et montrer qu’on s’est étrangement mépris quand on s’est cru faits l’un pour l’autre: voyez-vous, Marguerite, il faut être de la même sphère, du même pays moral, pour ainsi dire; autrement on souffre chacun toutes les peines des exilés qui n’entendent plus jamais parler le langage de la patrie. Et encore, si c’était là tout! mais, mon enfant, dans l’angoisse qu’on éprouve d’une telle torture, on peut perdre la raison, on peut écouter des accents qui répondent à toutes les pensées de votre cœur, se laisser fasciner, séduire, succomber sous le charme, et ne comprendre le danger que quand il n’est plus temps de le fuir, car on est devenue coupable...»

Marguerite leva les yeux sur lady L... et vit qu’elle pleurait.

Diana baissa ses regards sous ceux de son amie; sa poitrine se soulevait oppressée de sanglots, mais elle reprit brusquement:

«Il faut rompre ce mariage, il le faut!»