—Comment Pembrocke se porte-t-il ce matin? demande madame Dureynel. Je compte le monter aujourd’hui; tenez-le prêt; vous me suivrez sur Fenella... Maintenant, voici une lettre et un rouleau de vingt-cinq louis qu’il faut porter tout de suite chez M. Arthur de Sareuil; vous lui remettrez cela à lui-même, entendez-vous, Job?
—Faudra-t-il demander un reçu?
—Quelle sottise!... Vous passerez ensuite chez mon chapelier, et vous lui direz qu’il faut absolument que j’aie à midi mon chapeau de castor gris. Dépêchez-vous.
—Madame n’a-t-elle pas d’ordres à donner pour l’antichambre? Madame recevra-t-elle ce matin?
—Quelqu’un s’est-il déjà présenté?
—Le sellier de madame attend qu’elle soit visible.
—Pour son mémoire? Ces gens-là sont tous les mêmes: toujours pressés d’argent! Après lui, ce seront les autres!... Vous direz à Joseph que je n’y suis pas ce matin pour les gens d’affaires; j’attends du monde à déjeuner, et je ne veux pas être dérangée.
Job se retire, et la lionne, restée seule, se livre à quelques réflexions sérieuses.
Il faut pourtant, se dit-elle, que je me débarrasse de mes créanciers. Autrefois, quand ces gens-là se permettaient d’être indiscrets, on les faisait jeter à la porte, et quelquefois même par la fenêtre. C’était un bon temps pour les personnes de qualité! Aujourd’hui, c’est différent: payer est le seul moyen de ne pas être importuné, et comme on est toujours obligé d’en finir par là, le mieux est de s’acquitter le plus tôt possible... Voyons: ce que je dois à Crémieux, à Verdier, à ma marchande de modes, au tailleur, au sellier, à ma lingère et à mon armurier, s’élève à 20,000 fr. environ. Je comptais sur la chance des courses pour m’aider à combler cet arriéré; mais, au contraire, j’ai été d’un malheur inouï dans tous mes paris. Maintenant, il n’y a plus que deux partis à prendre: faire des économies, et ce serait bien long et bien difficile; ou vendre un coupon de rentes, ce qui est plus sûr et plus expéditif.
Dix heures sonnent sur ces entrefaites, et Joseph, le valet de chambre, vient annoncer à madame Dureynel que son maître d’armes est là, et demande si elle prendra leçon ce matin.