Jules en effet ne connaît pas le cœur des lionnes; il ne sait pas qu’elles font peu de cas de l’amour, et qu’il est bien difficile de leur plaire, à moins d’être prince ou d’avoir les plus beaux chevaux de Paris.

Avant la fin du spectacle les trois lionnes quittent l’Opéra et vont achever la soirée chez la baronne de B.... qui reçoit le mercredi. Madame Dureynel, qui aime tous les jeux, entre à la bouillotte, et engage son argent avec une rare intrépidité; la fortune favorise d’abord son audace; puis, par un revers subit, la lionne est décavée d’un seul coup.

Au moment où madame Dureynel subissait cette injure du hasard, son mari se présente devant elle.

—Ah! vous voilà, dit gaiement la lionne; j’étais bien sûre de vous rencontrer ici, mon cher, et j’en suis charmée, car j’ai à vous parler.

—Je vous écoute. Mais d’abord dites-moi, ma chère amie, si vous vous êtes bien divertie aujourd’hui? Je comptais vous voir au Bois: il m’a été impossible d’y aller... Une maudite affaire de Bourse!... Figurez-vous que les chemins de fer ont encore baissé ce soir. Étiez-vous à l’Opéra?

—Oui, et j’y ai reçu cette lettre.

M. Dureynel prend la lettre de Jules, la lit et la rend à sa femme avec le plus beau sang-froid du monde en lui disant:

—Eh bien! que voulez-vous que j’y fasse? ce sont là des détails qui vous regardent et dont je n’ai pas coutume de me mêler.

—Vous avez raison, et je suis bien assez forte pour me défendre toute seule; aussi ne vous ai-je jamais beaucoup importuné de ces sortes d’aventures; mais cette fois il s’agit d’un cas particulier: Jules est mon cousin, et je ne voudrais pas le désespérer entièrement.

—Je ne comprends pas.