—Parlons raison. Je ne suis pas la première passion de Jules; je sais que l’année dernière, en sortant du collége, il était fort épris d’une danseuse, mademoiselle Irma, à qui vous vous intéressez, dit-on, beaucoup. Le cousin, vous le voyez, abuse de son titre; il vous attaque de droite et de gauche, et n’ayant pu réussir à séduire votre maîtresse, il veut gagner le cœur de votre femme.... L’ennemi est dangereux; il faut composer avec lui. Je ne vous parle pas ici en femme jalouse; vous me connaissez trop bien pour avoir cette idée; mon langage est celui d’une amitié prudente et dévouée. On prétend que vous vous ruinez pour cette Irma; vous avez tort. Voulez-vous suivre un bon conseil? Quittez-la; faites mieux, cédez-la au petit cousin. Vous agirez ainsi en homme sage et en bon parent.
—Vraiment, si cela vous fait plaisir, je ne demande pas mieux; aussi bien je commençais à être las de la danseuse. Demain je mènerai Jules déjeuner chez elle.
—C’est bien, mon ami, je suis contente de vous.
Et madame Dureynel se remet à la bouillotte, où elle reste jusqu’à deux heures du matin. Un jour suffit pour connaître sa vie tout entière. Le lendemain elle recommence à peu près le même train, qui dure jusqu’à ce que le temps ou la fortune vienne l’arrêter. A quarante ans, madame Dureynel se retirera de ce monde brillant et agité. Que fera-t-elle alors? quel est le sort de la lionne devenue vieille?—Ce serait là un beau sujet de fable pour un autre La Fontaine.
Eugène Guinot.
L’HUMANITAIRE