Mais, hélas! que les temps sont changés! Aujourd’hui cette brillante fête, à peu près abolie, ne se signale plus au croque-mort consterné que par une misérable gratification de trois livres, et pas sterling.—Trois francs! trois misérables francs! avec cela que voulez-vous qu’on fasse? On ne peut ni acheter un clyso-pompe, ni coucher en ville, ni suborner la reine de Prusse, et encore moins souscrire aux Français peints par eux-mêmes ou aux Anglais.—Cependant gardez-vous de croire que toute tradition de ces réjouissances soit à jamais perdue, et qu’elles n’aient laissé dans les mœurs aucune trace. Un riche et copieux banquet, mêlé de farces et d’intermèdes, a été donné il n’y a pas fort longtemps même par le menuisier qui façonne les boîtes de luxe, dont je vous parlais tout-à-l’heure, et il se passe rarement plus d’une année sans que les Pompes ne soient le théâtre de quelque nouvelle et délicieuse bouffonnerie.

P. S.—Si pour quelques légères railleries échappées à ma plume indiscrète, on allait se fâcher sérieusement contre notre héros et lui faire un crime irrémissible de la fragilité de ses mœurs un peu régence, je serais vraiment bien désolé. Mon Dieu! je l’ai dit, c’est la profession qui veut ça. Sauf Tobie et Joseph d’Arimathie, depuis la création du monde, tous les ensevelisseurs ont toujours été des drôles! il ne faut pas leur en vouloir; et d’ailleurs, auprès des libitinaires antiques, des nécrophores et des sandapilarii, nos croque-morts sont des vestales, qui méritent le prix Monthyon.

Pétrus Borel.


L’ÉCOLIER

[Agrandir]

L’ÉCOLIER.

~~~~~~~~