A partir de ce moment, une série de dépêches assez peu importantes se sont succédé à des intervalles rapprochés; nous ne croyons pas devoir les reproduire en entier, d'autant plus qu'elles ne font souvent que se répéter l'une l'autre, et nous nous bornerons à les analyser pour donner un peu de suite à notre récit.
Le 12 janvier, on annonçait, à Saint-Pétersbourg, l'arrivée à Yakoutsk du lieutenant Danenhower et de cinq de ses compagnons, qui avaient atteint cette ville le 18 décembre précédent. A cette époque, on y attendait aussi Melville, avec le reste de la troupe, pour les jours suivants. Mais, d'après les dernières nouvelles de Boulouni, qui remontaient jusqu'au 16 novembre, à midi, on n'avait encore aucune nouvelle du capitaine de Long et de la troupe du canot no 1.
Dès que le secrétaire de la marine apprit l'arrivée de Danenhower à Yakoutsk, il lui envoya une dépêche pour lui enjoindre, ainsi qu'à Melville, de rester sur les lieux, afin de participer aux recherches entreprises pour retrouver leurs compagnons. On ignorait, en effet, en Amérique, que Danenhower avait presque perdu la vue. On ignorait également que Melville, dès qu'il avait appris l'arrivée de de Long et de ses compagnons à l'embouchure de la Léna, s'était rendu à Boulouni, d'où il était parti à leur recherche, tandis que Danenhower prenait le chemin de Yakoutsk, avec le reste des hommes du canot no 3. Ces derniers, à l'exception de Bartlett, étaient même partis de Yakoutsk, pour se rendre à Irkoutsk, quand arriva la dépêche.
Mais laissons Melville s'enfoncer dans le nord à la recherche de de Long, et Danenhower continuer sa route vers Irkoutsk, pour dire quelques mots du voyage de la Jeannette, dont, pour ainsi dire, les dépêches n'ont pas fait mention. Une lettre de M. Melville au New-York Herald nous fournira les détails que, sans elle, nous serions obligés d'aller puiser dans une foule de dépêches plus ou moins exactes et souvent contradictoires. Nous éviterions même de donner tous ces détails sur le séjour de la Jeannette dans les glaces, s'ils ne nous paraissaient indispensables pour faire comprendre ce qui va suivre, car ils nous amèneront tout naturellement aux premières recherches de M. Melville dans le delta de la Léna.
Ayant déjà donné, avec les lettres de M. Collins, la relation du commencement de l'expédition, nous n'y reviendrons naturellement point, et ne reprendrons le récit qu'au moment du départ de la Jeannette de la baie Saint-Laurent.
«Le 27 août, dit M. Melville, après avoir embarqué le reste de la cargaison de notre goëlette (la Fanny A. Hyde), nous prîmes la route du détroit de Behring et des îles Kolioutchine. Notre but, en faisant ce détour, était, avant de nous enfoncer vers le nord, d'avoir des nouvelles précises de Nordenskjold. Nous arrivâmes à la baie Kolioutchine le 31 août. Nous étant convaincus par nos propres yeux que l'expédition suédoise était partie, nous mîmes aussitôt le cap sur la Terre de Wrangell.
»Le 3 septembre, nous rencontrâmes les premières glaces. Le 4, nous étions en vue de l'île Herald. Jusqu'au 6, nous pûmes nous frayer un chemin à travers les glaçons; mais, ce jour-là, nous fûmes arrêtés et restâmes emprisonnés dans la banquise.
»Quelques jours plus tard, le 14, plusieurs membres de l'expédition firent une tentative pour aborder l'île Herald, qu'ils se proposèrent de visiter, mais ils échouèrent. C'est à partir de ce moment que les glaces commencèrent à nous entraîner vers le nord-ouest.
»Le 21 octobre, nous étions en vue de la Terre de Wrangell, qui nous restait au sud.