Pendant leur marche vers le sud, ils découvrirent une île, à laquelle ils abordèrent avec beaucoup de difficultés, le 29 juillet. Ils lui donnèrent le nom d'île Bennett. Elle gît par 76° 38' de latitude nord et 150° 30' de longitude est. Ils en repartirent le 6 août et, sur leur chemin, rencontrèrent l'île de Fadievski, qui appartient à l'archipel de la Nouvelle-Sibérie. Ils y abordèrent le 31. Ils passèrent ensuite successivement à Katelnoï, Stolbovoï et Sensenovski, où ils abordèrent le 10 septembre. C'est de là qu'ils partirent dans leurs canots, le 12, pour gagner l'embouchure de la Léna, où Barkin était fixé comme lieu de rendez-vous.

Reprenons ici la lettre de M. Melville.

«Dans la nuit, continue-t-il, nous fûmes séparés par une violente tempête. Notre canot arriva de la côte au sud de Barkin dans la matinée du 14.

«Le 16, nous entrâmes dans l'embouchure du bras oriental de la Léna, sur la rive duquel nous rencontrâmes une hutte abandonnée dans laquelle nous nous arrêtâmes. Après deux jours de marche en avant, nous rencontrâmes trois indigènes qui refusèrent de nous piloter jusqu'à un village.

«Le 20, nous tentâmes de remonter la rivière, mais les bas-fonds nous barrant le passage, nous fûmes obligés de reprendre le chemin de la cabane où nous avions passé la nuit précédente. Enfin nous trouvâmes Bushiell Kooll Gow qui s'offrit pour nous piloter jusqu'à Boulouni; mais, après trois jours d'un travail horriblement pénible, nous nous arrêtâmes chez Spéridow. Nous en repartîmes le lendemain et poursuivîmes notre voyage jusque chez Nicholaï Chagra, où nous arrivâmes le 26.

«Dans la matinée du 27, nous partîmes pour Boulouni, pilotés par Chagra et l'exilé Euphème. Mais le mauvais temps et la glace nous forcèrent de retourner sur nos pas et de rentrer chez Nicholaï Chagra. Là on nous dit qu'il faudrait attendre quinze jours avant que la glace soit assez prise pour nous permettre de continuer notre voyage en traîneau.

«J'envoyai alors un autre exilé, nommé Kusmah, pour prévenir le commandant de Boulouni de notre arrivée et de la triste condition, dans laquelle nous nous trouvions. Kusmah partit le 16 octobre mais ne revint que le 29. Il nous apportait du pain et quelques autres provisions. En route il avait rencontré, à Bulcour, deux membres de la troupe de de Long qui lui avaient donné une lettre. Il me remit aussi une lettre de Bieshoff commandant de Boulouni dans laquelle celui-ci m'annonçait son arrivée avec des traîneaux attelés de rennes pour nous emmener. Il devait, en même temps, nous apporter des vivres et des vêtements.

«Dans l'espoir de le rencontrer en chemin, je quittai la demeure de Nicholaï Chagra le 30 octobre, me dirigeant sur Boulouni, où je voulais me hâter de préparer, de concert avec Bieshoff, une expédition pour l'embouchure septentrionale de la Léna, afin de porter du secours à de Long et à ses hommes. Le 2 novembre, à mon arrivée à Boulouni, j'appris que j'avais pris un autre chemin que Bieshoff, que, par conséquent, je n'avais pu rencontrer en route.»

Mais en arrivant à Boulouni, M. Melville rencontra... Noros et Ninderman, les deux hommes de la troupe de de Long, ceux-ci avaient remis à Bieshoff, un long mémoire contenant le récit de ce qui était arrivé à la troupe du capitaine depuis le moment de la séparation des trois canots, en le priant de faire parvenir ce mémoire au ministre des États-Unis à Saint-Pétersbourg. Bieshoff, au lieu de l'expédier à son adresse, l'emporta en partant pour rejoindre Melville, afin de le remettre à celui-ci. Melville était déjà parti, lorsqu'il arriva à Simowyelak. Bieshoff remit le mémoire à Danenhower. Ce dernier était, en effet, comme nous le verrons plus tard, resté à la tête des hommes du canot no 3 qu'il devait ramener à Boulouni et conduire ensuite à Yakoutsk dans le plus bref délai possible; mais avant de partir lui-même, il s'empressa de faire parvenir ce mémoire à Melville sur les traces duquel il expédia aussitôt Bartlett.

Ce mémoire, ainsi que les renseignements obtenus de vive voix par M. Jackson, de Ninderman et de Noros, et plus tard, de l'ingénieur Melville, vont nous permettre de retracer la suite des événements survenus à de Long et à ses hommes, depuis le jour où ils perdirent de vue leurs compagnons, et, en même temps, nous servir à faire connaître au lecteur dans quelles circonstances M. Melville entreprit ses premières recherches que nous raconterons ensuite.