»Une autre aventure tout aussi curieuse, ajouta-t-il, m'est encore arrivée il y a quelques semaines seulement.

»Un officier de la police étant venu me prévenir qu'un prisonnier qui avait été autrefois à mon service désirait me parler pour me faire une révélation importante, je demandai qu'on me l'amenât:

»—Eh bien, dis-je à cet homme, quand il fut en ma présence, qu'avez-vous à me faire savoir?

»—Je demande pardon à Votre Honneur, me répondit-il, mais je voudrais me débarrasser d'une boîte de drogues et de médicaments que j'ai volée pendant que j'étais à son service.

»Je lui dis de l'aller chercher, et, quand il revint, je trouvai des articles d'une valeur d'une couple de cent roubles qui tous avaient été dérobés chez moi. Il me demandait cinq roubles pour me les restituer, mais je ne lui en donnai que deux.

»Puis, l'interrogeant sur le motif qui l'avait poussé à commettre ce larcin:

»—Pourquoi, lui dis-je, aviez-vous volé ces substances dont vous ne connaissez ni le nom ni l'usage?

»Alors il me répondit avec un aplomb imperturbable:

»—Vous savez bien, monsieur, que j'avais un frère à Omsk; eh bien, nous nous étions décidés à quitter cette ville pour aller établir une petite pharmacie dans notre village, qui est près d'ici, et nous espérions y faire de bonnes affaires; mais mon frère s'en est allé, et moi j'ai renoncé à me mettre dans le commerce.»