«Veuille donc t'unir à moi, qui te demande, religieux inébranlable en tes vœux, à moi, qui n'en demandai jamais un autre avant toi!» Sensible à sa prière, le brahme saint lui donna un fils, comme elle se l'était peint dans ses désirs.

«Le fils de Hali eut nom Brahmadatta: ce fut un saint monarque d'une splendeur égale au rayonnement du roi même des Immortels: il habitait alors, Kakoutsthide, une ville appelée Kâmpilyâ. Quand la renommée de son éminente beauté fut parvenue aux oreilles de Kouçanâbha, ce prince équitable conçut la pensée de marier ses filles avec lui, et fit proposer l'hymen au roi Brahmadatta.

«L'offre acceptée, Kouçanâbha, dans toute la joie de son âme, donna les cent jeunes filles à Brahmadatta. Ce prince, d'une splendeur à nulle autre semblable, prit donc la main à toutes, l'une après l'autre, suivant les rites du mariage. Mais à peine les eut-il seulement touchées aux mains, que tout à coup disparut aux yeux la triste infirmité des cent princesses bossues.

«Elles redevinrent ce qu'elles étaient naguère, douées entièrement de majesté, de grâces et de beauté. Quand le roi Kouçanâbha vit ses filles délivrées du ridicule fardeau que leur avait imposé la colère du Vent, il en fut ravi au plus haut point de l'admiration, il s'en réjouit, il en fut enivré de plaisir.

«Les noces célébrées et son royal hôte parti, Kouçanâbha, qui n'avait pas de postérité mâle, célébra un sacrifice solennel pour obtenir un fils. Tandis que les prêtres vaquaient à cette cérémonie, le fils de Brahma, Kouça lui-même apparut et tint ce langage au roi Kouçanâbha, son fils:

«Il te naîtra bientôt un fils égal à toi, mon fils; il sera nommé Gâdhi, et par lui tu obtiendras une gloire éternelle dans les trois mondes.»

«Aussitôt que Kouça eut adressé, noble Râma, ces paroles au roi Kouçanâbha, il disparut soudain, et rentra dans l'air, comme il en était sorti. Après quelque temps écoulé, ce fils du sage Kouçanâbha vint au monde: il fut appelé Gâdhi; il acquit une haute renommée, il signala sa force égale à celle de la vérité. Ce Gâdhi, qui semblait la justice en personne, fut mon père; il naquit dans la famille de Kouça; et moi, vaillant Raghouide, je suis né de Gâdhi.

«Gâdhi eut encore une fille, ma sœur cadette, Satyavatî, bien digne de ce nom[5], femme chaste, qu'il donna en mariage à Ritchika. Quand cette branche éminemment noble du tronc antique de Kouça eut mérité, par son amour conjugal, d'entrer avec son époux au séjour des Immortels, son corps fut changé ici en un grand fleuve.

Note 5: Satyavat, au féminin, satyavatî, veut dire qui possède la vérité.

«Oui! ma sœur est devenue ce beau fleuve aux ondes pures, qui descend du Swarga ou du Paradis sur le mont Himâlaya pour la purification des mondes.