Ensuite le sage Hanoûmat, brillant à l'égal du soleil adolescent et le corps tel qu'une montagne, adresse, les mains jointes, ce discours au guerrier issu de Raghou: «Grâce à toi, fléau des ennemis, Sougrîva monte sur le trône de son père et de son aïeul: il a conquis, grâce à toi, ce vaste empire des singes bien difficile à conquérir. Qu'il entre, congédié par toi, dans cette ville, et qu'il y règle avec ses amis les affaires de toutes les sortes! Bientôt, consacré par le bain, son âme reconnaissante va t'honorer avec ses présents de pierreries diverses, de simples recueillis en tout pays et de parfums célestes. Daigne entrer dans cette merveilleuse caverne de la montagne; fais alliance avec mon seigneur, et que ta vue répande la joie parmi les singes.»
À ces mots d'Hanoûmat, Râma le Daçarathide, habile à manier la parole et plein de sens, lui répondit en ces termes: «Je n'entrerai pas, bel Hanoûmat, ni dans une ville, ni dans un village, avant que je n'aie accompli mes quatorze années: c'est l'ordre de mon père. Entrez, vous! et hâtez-vous de faire ce qui demande une exécution immédiate. Ami, que le sacre, donné suivant les rites, inaugure Sougrîva sur le trône!» Quand il eut parlé de cette manière au singe Hanoûmat, Râma dit à Sougrîva: «Ô roi, fais sacrer Angada, que voici devant tes yeux, comme le roi de la jeunesse.
«Ce mois de Çrâvana, plongé dans la pluie, est le premier des mois pluvieux: nous voici entrés, mon ami, dans les quatre mois de la saison des pluies. Ce temps ne convient pas au rassemblement d'une armée: entre dans cette ville; moi tenant domptés mes organes des sens, j'habiterai là sur la montagne. Voici, dans le sein du mont Rishyamoûka, une caverne délicieuse, vaste, protégée contre le souffle du vent: c'est là que j'habiterai, mon ami, toute la saison des pluies avec le fils de Soumitrâ. Mais, quand tu auras vu s'écouler Kârttikî, mois charmant, aux ondes redevenues limpides, aux moissons de lotus et de nymphéas, déploie alors, déploie, ami, tes soins pour la mort de Râvana. C'est donc là, souviens-t'en! ce qui reste bien convenu entre nous. Va dans cette ville florissante; puis, une fois sacré dans ton royaume, fais-y la joie de tes amis.»
Il dit: à ce congé que lui donnait Râma, le nouveau monarque des singes pénétra dans cette aimable cité, le cœur joyeux et tous ses chagrins dissipés. Là, devant le roi qui entre, des milliers de quadrumanes s'inclinent, transportés d'allégresse, et l'environnent de tous les côtés.
Tout le peuple des sujets, la tête prosternée jusqu'à terre, salue, plein de respect, le nouveau roi des singes, en lui criant: «Victoire! victoire!» Sougrîva les invite à se relever et, les ayant honorés suivant l'étiquette, il entre dans le voluptueux sérail de son frère.
En sortant du gynœcée, il fut sacré par les plus nobles des singes à la grande taille de la manière que les Immortels avaient sacré le Dieu aux mille regards.
Le sommeil n'approchait pas de la couche où Râma était allé se reposer durant les nuits noyé dans les pleurs et le chagrin, il n'y avait que le souci dont il reçût la visite.
Tandis que ce magnanime habitait ainsi dans la grande montagne, sa pensée toute remplie de son épouse ravie, la saison acheva de répandre ses pluies; et la retraite des nuages, qui promenaient sur leurs chars une pesante charge d'eaux, annonça le retour de l'automne.