«Fouillant jusque dans les humides guirlandes de la mer et creusant le globe entier avec de longs efforts, cherchez tant que vous ne verrez point le cheval s'offrir enfin à vos yeux. Que chacun de vous brise un yodjana de la terre; allez tous en vous suivant ainsi les uns les autres, selon cet ordre, que je vous impose, de chercher avec soin le ravisseur de notre cheval.
«Quant à moi, lié par les cérémonies préliminaires de mon sacrifice, je me tiendrai ici, accompagné de mon petit-fils et des prêtres officiants, jusqu'au temps où le bonheur veuille que vous ayez bientôt découvert le coursier.»
«Dès que Sagara eut ainsi parlé, ses fils, Râma, exécutèrent, d'une âme joyeuse, l'ordre paternel et se mirent aussitôt à déchirer la terre. Ces hommes héroïques fendent le sein du globe, chacun l'espace d'un yodjana, avec une vigueur et des bras égaux à la force du tonnerre.—Ainsi brisée à coups de bêches, de massues, de lances, de hoyaux et de pics, la terre pousse comme des cris de douleur.—Il en sortait un bruit immense de Nâgas, de serpents aux grandes forces, de Rakshasas et d'Asouras ou tués ou blessés.
«En effet, d'une vigueur augmentée par la colère, tous ces hommes eurent bientôt déchiré soixante mille vaudjanas carrés du globe jusqu'aux voûtes des régions infernales.
«Ainsi, creusant de tous côtés la terre, ces fils du roi avaient parcouru le Djamboudwîpa, c'est-à-dire l'Inde, hérissé de montagnes.
«Ensuite, les Dieux avec les Gandharvas, avec le peuple même des grands serpents, courent, l'âme troublée, vers l'aïeul suprême des créatures, et, s'étant prosternés devant lui, tous les Souras, agités d'une profonde épouvante, adressent au magnanime Brahma les paroles suivantes: «Heureuse Divinité, toute la terre est creusée en tous lieux par les fils de Sagara, et ces vastes fouilles causent une destruction immense des créatures vivantes. «Voici, disent-ils, ce Démon, perturbateur de nos sacrifices, le ravisseur du cheval!» et, parlant ainsi, les fils de Sagara détruisent l'une après l'autre toutes les créatures. Informé de ces troubles, Dieu, à la force puissante, daigne concevoir un moyen dans ta pensée, afin que ces héros, qui cherchent le cheval dévoué au sacrifice, n'ôtent plus à tous les animaux une vie qu'ils ont reçue de toi.»
«À ces mots, le suprême aïeul des créatures répondit en ces termes à tous les Dieux tremblants d'épouvante: «Le ravisseur du cheval est ce Vasondéva-Kapila, qui soutient seul tout l'univers et de qui l'origine échappe à toute connaissance. S'il a dérobé la victime, c'est parce qu'il en avait jadis vu dans l'avenir ces conséquences: le déchirement de la terre et la perte des Sagarides à la force immense: voilà quel est mon sentiment.»
«Après qu'ils eurent entendu parler ainsi l'antique père des créatures, les Dieux, les Rishis, les mânes des ancêtres et les Gandharvas s'en retournèrent, comme ils étaient venus, dans leurs palais du triple ciel.
«Ensuite, bruyante comme le tonnerre de la foudre, s'éleva la voix des vigoureux fils de Sagara, occupés à fouir la terre. Ayant fouillé entièrement ce globe et décrit un pradakshina autour de lui, tous les Sagarides s'en vinrent à leur père et lui dirent ces paroles:
«Nous avons parcouru toute la terre et fait un vaste carnage d'animaux aquatiques, de grands serpents, de Daîtyas, de Dânavas, de Rakshasas; et cependant nulle part, ô roi, le perturbateur de ton sacrifice ne s'est offert à nos yeux. Que veux-tu, père chéri, que nous fassions encore? réfléchis là-dessus, et donne-nous tes ordres.»