«Alors Sagara se mit à songer, et fit cette réponse à ce discours de tous ses fils: «Cherchez de nouveau mon cheval, creusez même ces régions infernales; et, quand vous aurez saisi le ravisseur de mon coursier, revenez enfin, couronnés du succès.»
«À ces mots de leur auguste père, les soixante mille fils de Sagara courent de tous les côtés aux régions infernales.
«Mais, tandis qu'ils travaillent de toutes parts à creuser la terre, voici qu'ils aperçoivent devant eux l'auguste Nârâyana et le cheval, qui se promène en liberté auprès de ce Dieu, nommé aussi Kapila. À peine ont-ils cru voir en Vishnou le ravisseur du cheval, que, tout furieux, ils courent sur lui avec des yeux enflammés de colère, et lui crient: «Arrête! arrête là!»
«Alors ce magnanime, infini dans sa grandeur, envoie sur eux un souffle de sa bouche, qui rassemble tous les fils de Sagara et fait d'eux un monceau de cendres.»
«Étant venu à penser, noble rameau de l'antique Raghou, que ses fils étaient déjà partis depuis longtemps, Sagara tint ce langage à son petit-fils, qu'enflammait un héroïsme naturel: «Va-t'en à la recherche de tes oncles et du méchant qui a dérobé mon coursier; mais songe que dans les cavités de la terre habite un grand nombre d'êtres. Ne marche donc pas sans être muni de ton arc et préparé contre leurs attaques. Quand tu auras, bien-aimé fils, trouvé tes oncles et tué l'être qui met des entraves à mon vœu, reviens alors, couronné du succès, et conduis-moi à l'accomplissement de mon sacrifice: tu es un héros, tu possèdes maintenant la science, et ta bravoure est égale à celle de tes aïeux.»
«À ces paroles du magnanime Sagara, Ançoumat prit son arc avec son épée, Râma, et se mit en route d'un pas accéléré. Sans délai, suivant le même chemin qu'ils avaient déjà parcouru, l'adolescent marcha d'une grande vitesse à la recherche de ses oncles.
«Il contempla ce vaste carnage d'Yakshas et de Rakshasas, que les nobles fossoyeurs avaient exécutés, et vit enfin debout devant lui ce pilier vivant de la plage orientale, l'éléphant Viroûpâksha.—Ançoumat lui rendit l'honneur d'un pradakshina, lui demanda comment il se portait, et s'informa ensuite de ses oncles, puis de l'être inconnu, qui avait dérobé le cheval. À ces questions d'Ançoumat, l'éléphant, soutien de ce quartier, répondit au jeune homme, debout près de lui: «Ton voyage sera heureux.»—Ces paroles entendues, le neveu de soixante mille oncles reprit son chemin et continua à s'enquérir successivement avec le respect convenable auprès des trois autres éléphants de l'espace. Cette réponse même fut rendue au jeune et bouillant héros Ançoumat: «Tu retourneras chez toi, honoré et maître du cheval.»
«Quand il eut recueilli ces bonnes paroles des éléphants, il s'avança d'un pied léger vers l'endroit où les Sagarides, ses oncles, n'étaient plus qu'un monceau de cendres. Et, devant le funèbre spectacle de ce tumulaire amas, le fils d'Asamandjas, accablé sous le poids de sa douleur, se répandit en cris plaintifs.
«Il vit aussi errer non loin de là ce coursier qu'un serpent avait enlevé, un jour de pleine lune, dans le bois de la Vélà.
«Ce héros à la splendeur éclatante désirait célébrer, en l'honneur de ces fils du roi, la cérémonie d'en arroser les cendres avec les ondes lustrales: il avait donc besoin d'eau, mais nulle part il ne voyait une source. Tandis qu'il promène autour de lui ses regards, voici qu'il aperçoit en ce lieu, vaillant Râma, l'oncle maternel de ses oncles, Garouda, le monarque des oiseaux. Et ce rejeton de Vinatâ aux forces puissantes lui tint ce langage: «Ne t'afflige pas, ô le plus éminent des hommes; cette mort sera glorifiée dans les mondes. C'est Kapila même, l'infini, qui a consumé ces guerriers invincibles: voici, héros, la seule manière dont tu puisses verser de l'eau sur eux. La fille aînée de l'Himâlaya, la purificatrice des mondes, la Gangâ, cette reine des fleuves, doit laver de ses ondes tes infortunés parents, dont Kapila fit un monceau de cendres. Aussitôt que la Gangâ, chérie des mondes, aura baigné cet amas de leurs cendres, tes oncles, mon bien-aimé, s'en iront au ciel!