«Amène, s'il t'est possible, du séjour des Immortels, la Gangâ sur la face de la terre; procure ici-bas, et puisse le bonheur sourire à ton noble dessein! procure ici-bas la descente du fleuve sacré. Prends ce coursier et retourne chez les tiens, comme tu es venu: il est digne de toi, vaillant héros, de mener à bonne fin le sacrifice de ton aïeul.»
«Docile aux paroles de Garouda, le vigoureux autant qu'illustre Ançoumat s'empara du cheval et revint d'un pied hâté au lieu où cette victime devait être immolée.
Arrivé devant le roi au moment où celui-ci venait enfin d'achever les cérémonies initiales de son açwa-médha, il répéta à son aïeul, noble fils de Raghou, les paroles de l'oiseau Garouda; et le monarque, ému au récit affreux d'Ançoumat, termina le sacrifice avec une âme pleine de tristesse.—Quand il eut achevé complètement sa grande cérémonie, ce maître sage d'un vaste empire s'en retourna dans sa capitale, mais il n'arriva point à trouver un moyen pour amener la Gangâ sur la terre; et, ce dessein échoué, il paya son tribut à la mort, après qu'il eut gouverné le monde l'espace de trente mille années.»
«Dès que le noble Sagara fut monté au ciel, digne rejeton de Raghou, ô Râma, le vertueux Ançoumat fut élu comme roi par la volonté des sujets. Ce nouveau souverain fut un monarque bien grand, et de lui naquit un fils, nommé Dilîpa. Ançoumat, prince d'une haute renommée, remit l'empire aux mains de ce Dilîpa, et se retira sur une cime de l'Himâlaya, où il embrassa la carrière de la pénitence. Ce meilleur des rois, Ançoumat, que la vertu ceignit d'un éclat immortel, voulait obtenir à force de macérations, que la Gangâ descendit purifiante ici-bas; mais, n'ayant pu voir son désir accompli, malgré trente-deux mille années de la plus rigoureuse pénitence, le magnanime saint à la splendeur infinie passa de la terre au ciel.
Dilîpa même, éblouissant de mérites, célébra de nombreux sacrifices et régna vingt mille ans sur la terre; mais, conduit par la maladie sous la main de la mort, il n'arriva point, ô le plus éminent des hommes, à dénouer le nœud pour la descente du Gange ici-bas. S'en allant donc au monde du radieux Indra, qu'il avait gagné par ses œuvres saintes, cet excellent roi abandonna sa couronne à son fils Bhagiratha, qui fut, rameau bien-aimé de Raghou, un monarque plein de vertu; mais il n'avait pas d'enfant, et le désir d'un fils semblable à son père était sans cesse avec lui.
Ascète énergique, il se macéra sur le mont Gaukarna dans une rigide pénitence: se tenant les bras toujours levés en l'air, se dévouant l'été aux ardeurs suffocantes de cinq feux, couchant l'hiver dans l'eau, sans abri dans la saison humide contre les nuées pluvieuses, n'ayant que des feuilles arrachées pour seule nourriture; il tenait en bride son âme, il serrait le frein à sa concupiscence.
À la fin de mille années, charmé de ses cruelles mortifications, l'auguste et fortuné maître des créatures, Brahma vint à son ermitage; et là, monté sur le plus beau des chars, environné même par les différentes classes des Immortels, adressant la parole au solitaire dans l'exercice de sa pénitence: «Bienheureux Bhagiratha, lui dit-il, je suis content de toi; reçois donc maintenant de moi la grâce que tu souhaites, saint monarque de la terre.»
Ensuite, à cet aspect de Brahma, venu chez lui en personne, l'éblouissant anachorète, creusant les deux paumes de ses mains jointes, répondit en ces termes:
«Si Bhagavat est content de moi, s'il est quelque valeur à ma pénitence, que les fils de Sagara obtiennent par moi en récompense la cérémonie des eaux lustrales; que, cette cendre vaine de leurs corps une fois lavée par la Gangâ, tous nos aïeux purifiés entrent sans tache dans le séjour du ciel; que cette race illustre ne vienne jamais à s'éteindre en aucune manière dans la famille d'Ikshwâkou! Je n'ai rien à demander qui me soit plus cher.»