«À ces paroles du royal solitaire, l'aïeul originel de tous les êtres lui répondit en ce gracieux langage orné de syllabes douces: «Bienheureux Bhagîratha, distingué jadis par ton adresse à conduire un char, maintenant par la richesse de tes mortifications, que la famille d'Ikshwâkou impérissable, comme tu veux, ne soit jamais retranchée des vivants.
«Tombée des cieux, la Gangâ, qui est le plus grand des fleuves, briserait entièrement la terre dans sa chute par la masse énorme de ses flots. Il faut donc, ô roi, supplier d'abord le dieu Çiva de porter lui-même cette cataracte; car il est certain que la terre ne pourra jamais soutenir le saut du Gange. Je ne vois pas dans le monde une autre puissance que Çiva capable de supporter l'impétuosité écrasante du fleuve tombant: implore donc cette grande divinité.»
«Il dit, et, quand il eut de nouveau engagé ce roi à conduire le Gange sur la terre, l'aïeul primordial des créatures, Bhagavat s'en alla dans le triple ciel.»
«Après le départ de cet aïeul originel de tous les êtres, le royal anachorète jeûna encore une année, se tenant sur un pied, le bout seul d'un orteil appuyé sur le sol de la terre, ses bras levés en l'air, sans aucun appui, n'ayant pour aliment que les souffles du vent, sans abri, immobile comme un tronc d'arbre, debout, privé de sommeil et le jour et la nuit. Ensuite, quand l'année eut accompli sa révolution, le Dieu que tous les Dieux adorent et qui donne la nourriture à tous les animaux, l'époux d'Oumâ parla ainsi à Bhagîratha:
«Je suis content de toi, ô le plus vertueux des hommes; je ferai la grande chose que tu désires: je soutiendrai, tombant des cieux, le fleuve au triple chemin.»
«À ces mots, étant monté sur la cime de l'Himâlaya, Mahéçwara, adressant la parole au fleuve qui roule dans les airs, dit à la Gangâ: «Descends!»
«Il ouvrit de tous les côtés la vaste gerbe de son djatâ, formant un bassin large de plusieurs yodjanas et semblable à la caverne d'une montagne. Alors, tombée des cieux, la Gangâ, ce fleuve divin, précipita ses flots avec une grande impétuosité sur la tête de Çiva, infini dans sa splendeur.
«Là, troublée, immense, rapide, la Gangâ erra sur la tête du grand Dieu le temps qu'il faut à l'année pour décrire sa révolution. Ensuite, pour obtenir la délivrance du Gange, Bhagîratha de nouveau travailla à mériter la faveur de Mahadéva, l'immortel époux d'Oumâ. Alors, cédant à sa prière, Çiva mit eu liberté les eaux de la Gangâ; il baissa une seule natte de ses cheveux, ouvrant ainsi de lui-même un canal, par où s'échappa le fleuve aux trois lits, ce fleuve pur et fortuné des grands Dieux, le purificateur du monde, le Gange, enfin, vaillant Râma.
«À ce spectacle assistaient les Dieux, les Rishis, les Gandharvas et les différents groupes des Siddhas, tous montés, les uns sur des chars de formes diverses, les autres sur les plus beaux des chevaux, sur les plus magnifiques éléphants, et les Déesses venues aussi là en nageant, et l'aïeul originel des créatures, Brahma lui-même, qui s'amusait à suivre le cours du fleuve. Toutes ces classes des Immortels à la vigueur infinie s'étaient réunies là, curieuses de voir la plus grande des merveilles, la chute prodigieuse de la Gangâ dans le monde inférieur.
«Or, la splendeur naturelle à ces troupes des Immortels rassemblés et les magnifiques ornements dont ils étaient parés illuminaient tout le firmament d'une clarté flamboyante, égale aux lumières de cent soleils; et cependant le ciel était alors enveloppé de sombres nuages.