Et, s'adressant à lui-même ses plus vifs reproches, il s'écria: «Je n'ai pas encore vaincu mes sens!» Ensuite, le grand solitaire abandonna la sainte contrée de l'Himâlaya; et, dirigeant sa route vers la plage orientale, il parvint dans le Vadjrasthâna, où, d'une résolution inébranlablement arrêtée, il recommença le cours de sa pénitence, observa le vœu du silence un millier d'années, et se tint immobile comme une montagne.
«Quand ils virent l'anachorète sans colère, sans amour, l'âme entièrement placide, abordé à la plus haute perfection par son insigne pénitence, alors, vaillant dompteur de tes ennemis, alors tous les Dieux, tremblants et l'esprit agité, s'en vinrent, avec Indra, leur chef, au palais de Brahma, et dirent à ce Dieu, trésor de pénitence:
«Qu'il obtienne le don qu'il désire, cet illustre saint, le plus éminent des ascètes, avant qu'il ne tourne sa pensée vers le dessein même d'obtenir le royaume du ciel!»
«Ces paroles dites, tous les chœurs des Immortels, sur les pas de Brahma, qui marchait à leur tête, se rendent à l'ermitage de Viçvâmitra et lui tiennent alors ce langage: «Rishi-brahme, cesse dorénavant ces triomphantes macérations; en effet, voici que tu as mérité, grâce à ta pénitence, le brahmarshitwat, ce grade si difficile à conquérir! Laisse reposer maintenant tes indomptables macérations.
«À ces mots, Brahma s'en alla, escorté des Immortels, dont les chœurs avaient accompagné son auguste divinité. Quant à Viçvâmitra, élevé au rang supérieur de brahme et parvenu ainsi au comble de ses vœux, il parcourut la terre d'une âme juste et parfaite.»
Dès qu'il eut ouï ce long discours de Çatânanda, prononcé devant Râma et devant son frère Lakshmana, le roi Djanaka joignit alors ses mains et dit à Viçvâmitra: «C'est pour moi un bonheur, c'est une faveur du ciel, grand anachorète, que tu sois venu, accompagné du noble Kakoutsthide, assister à mon sacrifice. Ta seule vue enfante ici pour moi de bien nombreux mérites.»
Ensuite, quand l'aube eut rallumé sa lumière pure et quand il eut vaqué aux devoirs pieux du matin, le monarque vint trouver le magnanime Viçvâmitra et le vaillant fils de Raghou. Puis, lorsqu'il eut rendu à l'anachorète et aux deux héros les honneurs enseignés par le Livre des Bienséances, le vertueux roi tint ce discours à Viçvâmitra: «Sois le bienvenu ici! Que faut-il, grand ascète, que je fasse pour toi? Daigne ta sainteté me donner ses ordres, car je suis ton serviteur.»
À ces mots du magnanime souverain, Viçvâmitra, le sage, l'équitable, le plus distingué par la parole entre les hommes éloquents, répondit en ces termes: «Ces fils du roi Daçaratha, ces deux guerriers illustres dans le monde, ont un grand désir de voir l'arc divin, qui est religieusement gardé chez toi. Montre cette merveille, s'il te plaît, à ces jeunes fils de roi; et, quand tu auras satisfait leur envie par la vue de cet arc, ils feront ensuite ce que tu peux souhaiter d'eux.»
À ce discours, le roi Djanaka joignit les mains et fit cette réponse: «Écoutez d'abord la vérité sur cet arc, et pour quelle raison il fut mis chez moi.—Un prince nommé Dévarâta fut le sixième dans ma race après Nimi: c'est à ce monarque magnanime que cet arc fut confié en dépôt. Au temps passé, dans le carnage qui baigna de sang le sacrifice du vieux Daksha, ce fut avec cet arc invincible, que Çankara mutila tous les Dieux, en leur jetant ce reproche mérité: Dieux, sachez-le bien, si j'ai fait tomber avec cet arc tous vos membres sur la terre, c'est que vous m'avez refusé dans le sacrifice la part qui m'était due.»