Assis dans son palais au milieu d'eux et tel qu'Indra au milieu des Maroutes, le saint monarque vit s'avancer, monté sur le char et semblable au roi des Gandharvas ce fils au courage déjà célèbre dans tout l'univers, aux longs bras, à la grande âme, au port majestueux comme la démarche d'un éléphant ivre d'amour. L'auguste souverain ne pouvait se rassasier de contempler ce Râma au visage désiré comme l'astre des nuits, à l'aspect infiniment aimable, qui attirait l'esprit et la vue des hommes par ses vertus, sa noblesse, sa beauté, et marchait, semant la joie autour de lui, comme le Dieu des pluies sur les êtres, consumés par les feux de l'été.

Aussitôt qu'il eut aidé le jeune rejeton de l'antique Raghou à descendre du char magnifique, Soumantra, les mains jointes, le suivit par derrière, tandis que le vaillant héros s'avançait vers son père.

Joignant ses mains, inclinant son corps, il s'approcha du monarque, et, se nommant, il dit: «Je suis Râma.» Puis il toucha du front les pieds de son père. Mais celui-ci, ayant vu son bien-aimé fils prosterné à son côté, les paumes réunies en coupe, saisit les deux mains jointes, le tira doucement à soi et lui donna un baiser.

Ensuite, le fortuné monarque offrit du geste à Râma un siège incomparable, éblouissant, le plus digne parmi tous, orné d'or et de pierreries. Alors, quand il se fut assis dans le noble siège, Râma le fit resplendir, comme le Mérou, que le soleil à son lever illumine de ses clartés sans tache.

Le puissant monarque se réjouit à la vue de ce fils chéri, noblement paré et qui semblait Daçaratha lui-même réfléchi dans la surface d'un miroir. Ce roi, le meilleur des pères, ayant donc adressé la parole à son fils avec un sourire, lui tint ce langage, comme Kaçyapa au souverain des Dieux:

«Râma, tu es mon enfant bien-aimé, le plus éminent par tes vertus et né, fils égal à moi, d'une épouse mon égale et la première de mes épouses. Enchaînés par tes bonnes qualités, ces peuples te sont déjà soumis: reçois donc le sacre, comme associé à ma couronne, en ce temps, où la lune va bientôt faire sa conjonction avec l'astérisme Poushya, constellation propice. J'aime à le reconnaître, mon fils; la nature t'a fait modeste et même vertueux; mais ces vertus n'empêcheront point ma tendresse de te dire ce qu'elle sait d'utile pour toi. Avance-toi plus encore dans la modestie; tiens continuellement domptés les organes des sens, et fuis toujours les vices, qui naissent de l'amour et de la colère. Jette les yeux sur la Cause première, et que sans cesse ton âme, comme la sienne, Râma, se cache et se montre dans la défense de tes sujets. D'abord, sois dévoué au bien, exempt d'orgueil, escorté sans cesse de tes vertus; ensuite, protège ces peuples, mon fils, comme s'ils étaient eux-mêmes les fils nés de ta propre chair.

«Noble enfant de Raghou, examine d'un œil vigilant tes soldats, tes conseillers, tes éléphants, tes chevaux et tes finances, l'ami et l'ennemi, les intermédiaires et les rois neutres. Lorsqu'un roi gouverne de telle sorte la terre, que ses peuples heureux lui sont inébranlablement dévoués, ses amis en ressentent une joie égale à cette allégresse des Immortels, devenus enfin les heureux possesseurs de la divine ambroisie. Impose le frein à ton âme, et sache, mon fils, te conduire ainsi!»

À peine le monarque avait-il achevé son discours, que des hommes, messagers de cette agréable nouvelle, couraient déjà en faire part à Kâauçalyâ. Elle, la plus noble des femmes, elle distribua à ces porteurs d'une nouvelle si flatteuse et de l'or, et des vaches, et toutes sortes de pierreries.

Quand il se fut incliné devant le roi son père, le Raghouide, éclatant de lumière, monta dans son char; puis, environné de foules nombreuses, il revint dans son palais.

Après le départ des citadins, le monarque, ayant délibéré une seconde fois avec ses ministres, arrêta une résolution, en homme qui sait prendre une décision. «Demain, l'astérisme Poushya doit se lever sur l'horizon; que mon fils Râma, à la prunelle dorée comme la fleur des lotus, soit donc sacré demain dans l'hérédité présomptive du royaume!» Ainsi parla ce puissant monarque.