Entré dans sa maison, Râma en sortit au même instant et se dirigea vers le gynœcée de sa mère.

Là, il vit cette mère inclinée, revêtue de lin, sollicitant la Fortune dans la chapelle de ses Dieux.—Ici déjà s'étaient rendus avant lui Soumitrâ, Lakshmana et Sîtâ, elle, que l'agréable nouvelle du sacre avait rendue toute joyeuse.

Râma, s'étant approché, s'inclina devant sa mère ainsi recueillie, et dit ces paroles faites pour lui causer de la joie: «Mère chérie, mon père m'a désigné pour gouverner ses peuples; on doit me sacrer demain: c'est l'ordre de mon père. Il faut que Sîtâ passe avec moi cette nuit dans le jeûne, comme le roi me l'a prescrit avec le ritouidj et nos maîtres spirituels. Veuille donc répandre sur moi et sur la Vidéhaine, ma belle épouse, ces paroles heureuses, d'une si grande efficacité pour mon sacre, dont le jour que celui-ci précède verra l'auguste cérémonie.»

Ayant appris cette nouvelle, objet de ses vœux depuis un long temps, Kâauçalyâ répondit à Râma ces mots, troublés par des larmes de joie: «Mon bien-aimé Râma, vis un grand âge! Périsse l'ennemi devant toi! Puisse ta félicité réjouir sans cesse ma famille et celle de Soumitrâ!

«Tu es né en moi, cher fils, sous une étoile heureuse et distinguée, toi, à qui tes vertus ont gagné l'affection du roi Daçaratha, ton père. Ô bonheur! ma dévotion pour l'Homme-Dieu aux yeux de lotus ne fut pas stérile, et j'augure que sur toi va se poser aujourd'hui cette félicité merveilleuse du saint roi Ikshwâkou!»

Après ce langage de sa mère, Râma, jetant sur Lakshmana, assis devant lui, son corps incliné et ses mains jointes, un regard accompagné d'un sourire, lui adressa les paroles suivantes: «Lakshmana, gouverne avec moi ce monde; tu es ma seconde âme, et ce bonheur qui m'arrive est en même temps pour toi! Fils de Soumitrâ, goûte ces jouissances désirées et savoure ces doux fruits de la royauté; car, si j'aime et la vie et le trône, c'est à cause de toi!»

Quand il eut ainsi parlé à son cher Lakshmana, Râma, s'étant incliné devant ses deux mères, fit prendre congé à Sîtâ et retourna dans son palais.


La rue royale se trouvait alors dans Ayodhyâ tout obstruée par les multitudes entassées des hommes, dont cet événement avait excité la curiosité, et de qui les danses joyeuses dispersaient un bruit semblable à celui de la mer, quand le vent soulève ses humides flots. La noble cité avait arrosé et balayé ses grandes rues, elle avait orné de guirlandes sa rue royale, elle s'était pavoisée de ses vastes étendards.

En ce moment tous les habitants d'Ayodhyâ, hommes, femmes, enfants, par le désir impatient de voir le sacre de Râma, soupiraient après le retour du soleil. Chacun désirait contempler cette grande fête.