Il dit: alors tous les ministres du feu roi, le poil hérissé de joie, répondirent à Bharata, qui tenait un langage si bien assorti au devoir: «Daigne Çri, appelée d'un autre nom Padmâ, te protéger, toi, digne enfant de Raghou, qui nous fais entendre ces paroles et qui veux rendre la couronne à ton frère aîné!»
Joyeux de ce discours plein de sens, qu'ils avaient ouï de ses lèvres, les conseillers et les membres de l'assemblée dirent aussi à Bharata: «Ô toi, le plus noble des hommes, toi, que le peuple environne de son amour, nous allons, suivant tes ordres, commander à des corps d'ouvriers qu'ils se hâtent d'aplanir la route.»
Ensuite, dans chaque maison, toutes les épouses des guerriers se hâtent de faire leurs adieux à ceux qui doivent marcher dans cette excursion, et chacune presse vivement le départ de son époux. Bientôt les généraux viennent annoncer que l'armée est déjà prête avec ses hommes de guerre, ses chevaux, ses voitures attelées de taureaux et ses admirables chars légers. À cette nouvelle que l'armée attend, Bharata, en présence du vénérable anachorète: «Fais promptement avancer mon char!» dit-il à Soumantra, debout à son côté. À peine eut-il reçu l'ordre, que celui-ci mettant à l'exécuter promptitude et vigueur, prit le véhicule et revint avec le char, attelé des coursiers les plus magnifiques.
Bharata dit alors: «Lève-toi promptement, Soumantra! va! fais sonner le rassemblement de mes armées! Je veux ramener ici Râma, ce noble ermite des bois, en ménageant toutefois ses bonnes grâces.»
Ensuite le beau jeune prince, conduit par le désir de revoir enfin Râma, se mit en route, assis dans un char superbe, attelé de chevaux blancs. Devant lui s'avançaient tous les principaux des ministres, montés sur des chars semblables au char du soleil et traînés par des coursiers rapides. Dix milliers d'éléphants, équipés suivant toutes les règles, suivaient Bharata dans sa marche, Bharata, les délices de la race du grand Ikshwâkou. Soixante mille chars de guerre, pleins d'archers et bien munis de projectiles, suivaient Bharata dans sa marche, Bharata, le fils de roi aux forces puissantes. Cent mille chevaux montés de leurs cavaliers suivaient Bharata dans sa marche, Bharata, le fils de roi et le descendant illustre de l'antique Raghou.
On voyait sur des chars au bruit éclatant s'avancer, et Kêkéyî, et Soumitrâ, et l'auguste Kâauçalyâ, joyeuses de penser qu'elles allaient ramener le bien-aimé Râma.
Ensuite le roi des Nishâdas, à la vue de cette armée si nombreuse, arrivée près du Gange et campée sur les bords du fleuve, dit ces paroles à tous ses parents: «Voici de tous les côtés une bien grande armée: je n'en vois pas la fin, tant elle est répandue ici et là dans un immense espace! C'est l'armée des Ikshwâkides: on n'en peut douter; car j'aperçois dans un char, loin d'ici, un drapeau, où je reconnais leur symbole, un ébénier des montagnes. Bharata irait-il chasser? Veut-il prendre des éléphants? Ou viendrait-il nous détruire? En effet, aucune force d'homme n'est capable de résister à cette armée! Hélas! sans doute, par le désir d'assurer sa couronne, il court avec ses ministres immoler Râma, que Daçaratha, son père, a banni dans les forêts! Car la beauté du trône est capable de séparer, dans un instant, des cœurs le plus étroitement unis par l'amitié fraternelle: le doute m'environne de tous les côtés. Râma le Daçarathide est mon maître, mon parent, mon ami, mon gourou: c'est pour le défendre que je suis accouru vers ce fleuve du Gange.»
Ensuite, le roi Gouha tint conseil avec ses ministres, qui savaient proposer de bons avis; et, sorti de cette délibération, il dit alors ces mots à tout son cortége:
«Si l'armée que voici marche avec des pensées ennemies à l'égard de Râma, l'homme aux actions admirables, certes! aujourd'hui sa traversée du Gange ne sera point heureuse!