«On a accordé toutes espèces d'immunités pour l'entrée et le transport des matériaux de construction; on fait venir des maisons de bois de Californie; seront-elles suffisantes, résisteront-elles aux pluies, à la chaleur? c'est ce que l'expérience va nous apprendre. Quant à nous, étrangers, qui jouissons ici de l'hospitalité la plus large et la plus libérale, nous ne pouvons que souhaiter succès aux efforts du brave maréchal Gonzalez.»
LES THÉÂTRES
Théâtre-Français.--L'Été de la Saint-Martin. Comédie en un acte de MM. H. Meilhac et L. Halévy.
Était-ce bien là le titre qu'il fallait? Quant à moi, j'en aurais préféré un autre; par exemple, la Nièce d'Amérique, ou quelque chose d'approchant. Mais au fond, peu importe l'étiquette qu'on met sur le flacon; voyons ce qu'est la liqueur servie.
Un vieux bonhomme d'oncle a quitté Paris. Il s'est retiré dans la calme et verte Touraine, en compagnie d'une servante plus que mûre, passant son temps à maugréer contre un coquin de neveu auquel il jure de ne jamais pardonner ses méfaits. Au moment même où le vieillard lui avait arrangé un mariage, l'éventé ne s'est-il pas avisé de prendre une femme autre que celle qu'on lui destinait? Celle-là même est la fille d'un tapissier! Le seul fait d'une telle mésalliance met le vieillard dans une fureur qui ne sait pas finir. Sur ces entrefaites arrive tout à coup une étrangère. Pour le barbon, c'est la fille de sa propre gouvernante. Pour le public, qui ne tarde pas à voir clair dans l'agencement d'un quiproquo pas assez ménagé, c'est la fille du tapissier elle-même, c'est la jeune femme rejetée.
En très-peu d'instants la belle personne parvient à faire dans le cottage la pluie et le beau temps. On en fait la dame de compagnie du bonhomme. Elle le charme par son caquetage. Avant tout, elle s'entend à le captiver en lui faisant la lecture des romans d'Alexandre Dumas, notamment celle des Trois Mousquetaires, «D'Artagnan, resté seul avec Mme Bonassieux...» Jugez tout ce qu'il peut y avoir de séduction dans le jeu de l'inconnue, quand vous saurez qu'elle n'est autre que Mlle Croizette, cent fois plus gracieuse, mille fois plus jolie que nous l'a montrée M. Carolus Duran, dans son portrait équestre du dernier Salon.
Il ne faut donc pas longtemps pour que la nouvelle venue soit l'âme de la maison. Un matin, le bonhomme déclare net qu'il ne saurait plus vivre sans elle. A son insu, il est tombé sous le charme qu'elle porte en elle. De quelle façon l'aime-t-il? Croyez bien qu'il ne cherche même pas à se rendre compte de la nature du sentiment; il éprouve pour elle une tendresse invincible, et c'est tout. S'il avait à lui faire un reproche, ce serait de la voir plaider tour à tour en faveur de son neveu et de cette fille de tapissier qu'il n'a pas rougi d'épouser. En dehors de ce travers, il trouve que c'est une perfection. Mais quant à ceux qu'elle défend, quant à l'autre couple, il renouvelle son serment d'Annibal. Jamais, au grand jamais il ne pardonnera.
Voilà que, comme à point nommé, le neveu proscrit se fait annoncer.--Je ne le recevrai pas.--La belle personne demande grâce pour lui.--Eh bien, je ne le recevrai que si vous dites que vous le voulez.
--Je le veux, répond-elle.--Le neveu entre donc, et vous devinez déjà les trois ou quatre scènes qui vont pousser au dénouement.--Retournez, monsieur, avec votre tapissière. Je ne la verrai de ma vie.
--Le cher oncle apprend alors que cette maudite est sous ses yeux depuis quinze jours et qu'il ne jure que par elle. Vous comprenez qu'il finit par tout pardonner et que le rideau tombe sur la scène devant laquelle il s'était levé: La reprise de la lecture des Trois mousquetaires.