La frégate cuirassée de «Suffren»
Quinze années se sont écoulées depuis le jour où M. Dupuy de Lôme faisait mettre en chantier le premier grand navire cuirassé français, la Gloire: à la suite de cet essai, les arsenaux des ports construisaient successivement la Normandie, l'Invincible, la Couronne, etc., formant une magnifique escadre de vaisseaux en fer et bois, destinés à affronter le feu des plus puissantes batteries. Cependant, les succès obtenus dans cette voie ayant été un peu contrebalancés par les admirables progrès que réalisait d'autre part l'artillerie, il fallut songer à créer des bâtiments capables de résister aux projectiles énormes des nouveaux canons. On construisit alors, dans un même type, trois frégates cuirassées de premier rang, l'Océan, le Marengo, le Suffren, sur des plans nouveaux, en leur donnant toute la puissance offensive et défensive dont on pouvait disposer.
Le Suffren, représenté par notre gravure, est le dernier-né de cette trinité formidable: construit à Cherbourg en trois années à peine, il a été lancé le 26 octobre 1870. Cette frégate, qui mesure environ 87 mètres de long sur 17 de large, est en bois, recouvert, dans les parties les plus exposées, de plaques en fer variant de 15 à 20 centimètres d'épaisseur. Ce qui distingue surtout le Suffren de ses aînés, la Gloire et le Solférino, c'est que, au lieu d'avoir comme ceux-ci tous ses canons en batterie couverte, il possède un véritable fort central, garni de plaques de blindage de 0m16, installé vers le milieu de sa longueur, entre le grand mât et le mât de misaine. Aux quatre angles de ce fort sont disposées des tourelles également blindées portant chacune un canon du calibre de 0m24, se chargeant par la culasse, monté sur une plaque mobile autour d'un pivot fixé au centre de la tourelle. On a placé à l'intérieur du fort une batterie couverte, armée de quatre de ces énormes pièces de 0m27, qui lancent des projectiles pesant 216 kilogrammes! Le grand avantage des canons de tourelles sur ceux de batteries est de donner au tir un champ beaucoup plus vaste, en permettant même de tirer dans la direction de l'axe du bâtiment.--Quatre petites bouches à feu en bronze de 0m12, destinées à lancer des boîtes à mitraille, complètent l'armement du navire. Sa puissante machine, d'une force nominale de 950 chevaux, protégée de tous côtés par d'épaisses murailles en tôle et des cloisons étanches, lui permet, avec son éperon de 20,000 kilogrammes, d'agir contre un bâtiment ennemi à la façon d'un gigantesque bélier. Ce colosse de fer et de bois, qu'une poignée d'hommes fait manœuvrer par la vapeur et la voile, donne, comme on le voit, une haute idée des progrès réalisés en quelques années par les savants ingénieurs de la marine française.
P. de Saint-Michel.
LA CAGE D'OR
NOUVELLE
(Suite)
--Le seigneur aura mal entendu, reprit-il, j'ai dit un million de roubles.
Comprenant à l'impassible physionomie du maître que celui-ci ne céderait pas devant ces séductions, affolé à la pensée de revenir auprès d'Alexandra sans avoir obtenu cet affranchissement tant désiré, et abjurant à la fois son orgueil et ses astucieuses combinaisons, il tomba à genoux et, joignant les mains devant le comte:
--Oh! dit-il d'une voix pleine d'angoisses, ce n'est plus qu'à votre pitié que je veux m'adresser, ce ne sera plus que la loi de charité que j'invoquerai.