Peu à peu ils se décidèrent à nous céder la place, et nous pûmes enfin doubler ce bancs de roches vivantes.

Quelques jours plus tard, notre bateau mouillé à la rive, je partis en pirogue pour en chasser une troupe moins nombreuse, que nous avions vue à notre passage, et je fus assez heureux pour en tuer un d'une taille des plus respectables.

Notre équipage fut ravi de cette aubaine, car le noir, friand de tout ce qui se mange, est surtout gourmand de viande, et, quand il peut s'en procurer, il préfère se rendre malade que d'en perdre un morceau.

Le soir, de grandes claies avaient été établies, du bois coupé, la bête dépecée, et nos hommes, accroupis autour des feux, surveillaient la viande qui fumait lentement, en racontant leurs éternelles histoires, où la femme, cette cause de toute querelle--chez eux--joue toujours le plus grand rôle.

Peu à peu les villages se rapprochèrent du bord de la rivière, sur les limites du pays des Bousindés et dans celui des Basanghas.

Chez ces derniers, les villages sont même presque tous construits dans des îles.

Les habitants sont toujours en pirogues, leurs plantations étant situées sur la terre ferme et, en général, peu éloignées des rives.

Partout nous reçûmes un accueil des plus empressés.

C'était à qui nous apporterait des vivres et objets de toute sorte pour recevoir en échange nos tissus, perles et boutons en porcelaine bleue ou blanche, qui avaient un succès étonnant.

Tous les chefs de village se hâtaient de venir à notre rencontre, et, désireux d'entrer en relations commerciales directes avec les Européens, afin de ne plus être exploités par leurs intermédiaires, nous demandaient de venir fonder des postes chez eux.