Nous leur expliquions alors le but de notre visite; nous leur lisions le traité qui devait nous engager réciproquement, et, confiants dans notre bonne foi, ils apposaient avec joie sur le papier un paraphe plus ou moins quelconque qui devait représenter leur signature.
Une fois cependant, au village Gaukassa, le chef Mangoundou, remarquable par sa corpulence, qui n'a d'égale que sa bêtise, refusa de signer le traité, bien qu'enchanté des bons rapports qu'il savait devoir en résulter.
Pour lui, toucher la plume était fétiche, et rien ne put le décider à signer, persuadé que s'il le faisait il ne tarderait pas à mourir; et il fallut que son frère, plus intelligent et moins peureux que lui, le remplaçât en cette affaire.
Quelques jours plus tard, nous arrivions au village Ouosso, qui devait être le terme de notre voyage dans la Sangha.
Il nous fut en effet impossible de monter plus haut, l'état des eaux ne permettant pas même à notre légère embarcation de franchir les nombreux bancs de sable qui semblaient se multiplier à mesure que nous avancions.
Force fut donc de nous arrêter.
Ouosso est un grand village, bâti dans une île complètement découverte, où nous avons rencontré les plus belles et les plus grandes constructions qu'il nous ait été donné de voir en Afrique.
La case du chef Minganga ne mesure pas moins de quarante mètres de longueur sur vingt-cinq mètres de largeur et sept à huit de hauteur.
Deux portes s'ouvrent aux deux extrémités; les bas-côtés sont disposés en forme de loges dans toute la longueur de la case.
Chacune de ces loges est habitée par un ou plusieurs membres de la famille du chef qui, lors de notre passage, possédait à lui seul soixante-trois femmes.