Mme Poincaré mère repose, depuis lundi, à Nubécourt (Meuse), dont sa famille était originaire. Rappelons que, née Ficatier-Gillon, elle appartenait à une famille qui avait fourni à la magistrature, à la politique, des hommes éminents, comme Jean-Landry Gillon et Paulin Gillon. Son mari, M. Antoni Poincaré, qui avait été inspecteur général des ponts et chaussées, était mort il n'y a guère qu'un an.

J'avais vu, en janvier dernier, à la veille de l'élection présidentielle, au petit cimetière familial de Nubécourt, ombragé de grands vieux arbres, la place de longtemps marquée pour sa sépulture, au côté de celui qui avait été, pendant plus d'un demi-siècle, le compagnon irréprochable et chèrement aimé de sa vie. On pouvait espérer que cette tombe demeurerait plus longtemps vide. Mme Antoni Poincaré, en effet, n'avait que soixante-quatorze ans.

Les obsèques ont eu lieu là-bas, lundi dernier. Elles ont été aussi dénuées de faste que possible, juste ce qu'exigeait la haute fonction dont est investi M. Raymond Poincaré. Mais les plus respectueuses sympathies, celles de tout ce pays où leur famille et eux-mêmes jouissent de l'universelle estime, celles de la France entière faisaient cortège au chef de l'État et à son frère, derrière ce corbillard fleuri sur lequel s'en allaient, avec la chère morte, tant de pieux souvenirs, tant de tendresses.
G. B.

LA MALADIE DE PIE X

On n'ignorait plus, depuis déjà des mois, que la santé du Souverain Pontife était très chancelante. Mais la nouvelle, confirmée par les bulletins des médecins du Vatican, que l'état de Pie X donnait des inquiétudes précises n'en a pas moins, ces derniers jours, causé une sensation profonde dans le monde entier. A Rome, qui, au-dessus de la succession des événements politiques et historiques, demeure la hautaine capitale spirituelle de la Chrétienté, une émotion fiévreuse entraîne chaque jour des foules sur la place Saint-Pierre, d'où le soir on interroge la symbolique lumière qui veille dans les appartements du Souverain Pontife. Une tradition affirme que, dans l'église Saint-Jean de Latran, la statue de bronze du pape Martin V se couvre de sueur lorsque le pape vivant est en danger de mort. Et des visiteurs, cette semaine, seraient revenus épouvantés pour avoir vu s'accomplir le miracle. Ce n'est point là, sans doute, autre chose que l'un des signes innombrables de cette angoisse qui naît à chaque fois que vacille, en son reposoir, la lueur dont s'éclaire, depuis deux mille ans, le monde catholique. Mais il est admirable de constater que, dans notre époque de discussion et de critique, cette angoisse demeure la même en face de cette lueur et que jamais peut-être la force morale incarnée par le fragile vieillard du Vatican ne fut plus réelle et plus respectée.

Nous reproduisons en notre première page une remarquable et récente photographie de cette blanche figure sur laquelle se concentre en ce moment l'attention universelle. L'attitude conserve sa simplicité de toujours, et trahit à peine un peu de lassitude physique. Le visage, qui reflète la gravité de la pensée intérieure, de la préoccupation d'âme, paraît sensiblement vieilli. Les traits, tendus, semblent plus fins et composent une expression d'indéfinissable tristesse. Les yeux, fixes, regardent loin.

On peut encore espérer, à l'heure où nous écrivons ces lignes, que l'auguste vieillard, malgré son grand âge, triomphera de la crise présente. Les bulletins des médecins, qui distribuent alternativement l'inquiétude et l'espoir, parlent d'une affection grippale aiguë, aggravée de diverses complications qui tiennent à l'état physique, très affaibli du malade. Car Pie X est âgé de soixante-dix-huit ans.

Le roi Alphonse XIII pendant la revue, quelques instants avant l'attentat. Juste derrière le souverain, au 2e plan, l'attaché militaire français, lieutenant-colonel Tillion (en uniforme de hussard bleu clair, qui parait blanc), auteur du récit de l'attentat que nous a envoyé notre correspondant de Madrid.
--Phot. Alfonso.

L'ATTENTAT CONTRE LE ROI D'ESPAGNE