Le Menut les regardait tous fixement, et il haussait les épaules avec arrogance, comme s’il avait de la peine à retrouver sa timidité perdue.

Tono fut le premier à s’habiller, et il sortit accompagné jusqu’à la porte par le patron, dont il accueillait les bons conseils par des signes d’acquiescement.

Quand le Menut partit, une demi-heure après, ses camarades l’accompagnèrent. Ils lui firent mille offres de service. Ils se chargeaient de la réconciliation; mais en attendant, le Menut devait se tenir coi chez lui et ne pas sortir de tout le jour, pour éviter une mauvaise rencontre.

La ville s’éveillait. Le soleil rougissait les auvents, les gardes de nuit se retiraient et allaient chercher ceux qui devaient les relever et dans les rues circulaient seules les paysannes chargées de paniers qui allaient vers la place du marché.

Les ouvriers de la boulangerie laissèrent le Menut sur le seuil de sa maison. Il les vit s’éloigner et demeura encore un moment immobile, la clef dans la serrure, heureux, semblait-il, de se voir seul et sans protection... Enfin il s’était convaincu qu’il était un homme digne de ce nom, il ne doutait plus de sa force et, cruel, souriait d’aise au souvenir du bravache, s’affaissant sur ses genoux, la figure en sang. Le voyou! il avait insulté sa fiancée. Pas d’arrangement possible!

Comme il donnait un tour de clef, il s’entendit appeler:

—Menut! Menut!

C’était Tono, débouchant d’un coin de la rue. Tant mieux! le Menut l’attendait, et malgré un petit frisson instinctif, il était satisfait de l’aventure, car il souffrait d’être traité avec indulgence, comme un irresponsable.

Devant l’attitude agressive de Tono, il se mit en garde comme un jeune coq qui dresse sa crête avec colère, mais tous deux s’arrêtèrent, remarquant qu’ils provoquaient l’attention de quelques maçons qui, leur sac sur l’épaule, se rendaient au chantier.

Ils se parlèrent bas, avec calme, comme deux bons amis, mais d’une voix saccadée et mordante. Tono venait pour régler prestement l’affaire; tout se réduisait à deux petits mots, qu’on se dirait à l’écart. Et, en homme généreux, incapable de dissimuler la vérité, il demanda au gringalet: