—As-tu l’outil?
L’outil?... Le Menut n’était pas de ces bravaches qui ont toujours leur couteau sur eux. Mais il en avait un là-haut qui avait appartenu à son père, et il allait le chercher. Une minute... et il était aux ordres de Tono...
Le Menut redescendit presque aussitôt, mais pâle, inquiet. Il avait trouvé sa mère qui s’habillait pour aller à la messe et au marché. La pauvre vieille s’était étonnée de ce brusque départ, et il avait dû recourir à de pénibles mensonges.
Les rues commençaient à s’animer. Les portes s’ouvraient, des balais soulevaient sur les trottoirs des nuages de poussière, sous les rayons obliques de ce soleil rouge, qui pénétrait à l’extrémité des rues comme par une brèche. Partout, on voyait des sergents de ville, aux yeux vagues, qui semblaient encore endormis; des maraîchers, conduisant leurs charrettes de légumes; des vieilles en mantilles, qui hâtaient le pas en entendant sonner les cloches des églises voisines. Impossible de trouver dans Valence un coin solitaire, où deux hommes de bien eussent la liberté de se couper la gorge.
Le Menut, sentant maintenant son courage faiblir, tenta de balbutier des excuses; mais Tono l’interrompit brusquement.
—Poule mouillée! Mufle! Et il leva le poing.
Le Menut recula pour esquiver le coup. Alors il entra en fureur: il voulait lui aussi régler l’affaire sur place; mais il se contint à la vue d’une carriole qui approchait avec son conducteur encore endormi.
—Arrête, cocher!
S’élançant à la portière, le Menut l’ouvrit bruyamment et invita Tono à monter. Ce dernier hésita, alléguant qu’il n’avait pas un liard. «Je paierai», répondit le Menut.
Il aida même son ennemi à monter, puis il entra derrière lui et releva les lattes des persiennes qui tenaient lieu de vitres.